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  Post� le dimanche 22 octobre 2006 @ 22:32:48 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
Encyclopédie Anarchiste

AMOUR.

Ce mot est souvent un nom de genre et s�accompagne d�un adjectif qui d�signe l�esp�ce : amour paternel, amour filial, amour sexuel, etc.



Lorsque nulle �pith�te ne s�y joint, il est pas univoque. Pour la plupart des philosophes, il reste nom de genre, d�signe tout sentiment affectueux et s�oppose � haine. Au langage mystique, au langage commun aussi, il exprime parfois des sentiments de fraternit� humaine (voir aux mots Charit� et Fraternit� ) ou m�me certaines �motions devant la beaut� r�elle ou imagin�e du Cosmos ( voir ce mot ).

Au langage le plus courant, amour d�signe l�affection pour un �tre dont on d�sire, r�ve ou conna�t le baiser. Littr� dit : � Sentiment d�affection d�un sexe pour l�autre. � D�finition trop �troite et qui r�sout, d�un dogmatisme sournois, une grave question. Que le fait plaise ou d�plaise, il y a eu, il y a des amours entre personnes du m�me sexe.

Plusieurs l�gislations condamnent l�amour homosexuel et il rencontre une opinion publique railleuse ou s�v�re. Est-ce parce que cette forme d�amour �vite trop s�rement les pi�ges du g�nie de l�esp�ce ? Est-il condamn� pour les m�mes raisons que le malthusianisme ? (Tout l�gislateur est un grand repopulateur par procuration.) Est-ce parce que les religions modernes condamnent le plaisir et ne lui accordent quelque tol�rance que s�il contribue aux pr�tendues fins de Dieu ou de la Nature ?...

L�anarchiste ob�it, en, ce domaine, � ses go�ts personnels, et il ne bl�me jamais les go�ts innocents diff�rents des siens. Or, il appelle innocent ce qui ne fait de mal � aucune personne r�elle. Quant aux fameuses � personnes morales � ( voir ce mot ), il les consid�re, selon les cas, avec la plus froide indiff�rence ou la plus l�gitime hostilit�.

Solon ne punissait le non-conformisme que chez l�esclave qui le pratiquait avec une personne de condition libre. Sa loi �tait moins repopulatrice que protectrice de l�in�galit�. En France, du XV� au XVII� si�cle, plusieurs non-conformistes furent br�l�s en vertu des Etablissements de Saint Louis, mal compris, � ce qu�il semble. Le � bougre � que saint Louis faisait br�ler, apr�s jugement de l��v�que, �tait un h�r�tique. Malheureusement pour les homosexuels des si�cles suivants, le mot avait chang� de sens et ni les juges eccl�siastiques ni le bras s�culier ne s�en �taient aper�us. Plusieurs mont�rent sur le b�cher par la faute de l�Eglise et de la s�mantique.

On ne br�le plus aujourd�hui. Parfois on tue encore sournoisement. Nul n�ignore quel crime commirent contre Oscar Wilde le Code et les juges. La loi allemande punit aussi le non-conformisme. Abstraitement, la loi fran�aise est ici moins sc�l�rate. Mais les magistrats y suppl�ent par de nobles subtilit�s et Adelsward-Fersen ne fut gu�re mieux trait� � Paris qu�Oscar Wilde � Londres.

Je n�ai pas le culte des d�finitions ( voir ce mot ). Sauf en math�matiques, elles sont toujours d�bord�es d�un c�t� par le d�fini, d�bordantes de l�autre. Sans se fier � elles, on t�che pourtant de les faire le moins inexactes qu�on peut. Pour ne pas exclure arbitrairement le platonisme, j�ai accord� le nom d�amour au r�ve, m�me vague, du baiser.

L�amour platonique n�est pas exactement l�amiti� entre homme et femme. Une sexualit� att�nu�e (platonis�e, diraient pr�cis�ment les psychanalystes) entre dans ce compos� instable. Ici comme partout, il n�y a que des cas individuels et nos g�n�ralit�s disent des � peu pr�s. L�amour de P�trarque et de Laure s�accompagne de d�sir �lud� par jeu ou par n�cessit� et si l�on ose dire, de quelque pelotage. Il est diff�rent du sentiment de Dante pour B�atrice. Le sentiment de Dante lui-m�me a rev�tu des nuances successives sans perdre le droit de s�appeler amour platonique : ardent et douloureux dans La Vie Nouvelle ; apais� et comme glorieux dans Le Paradis ; presque compl�tement abstrait dans Le Banquet o� B�atrice p�lit, se d�personnalise, se perd presque aux brumes du symbole.

Pour Voltaire (Dictionnaire philosophique, amour socratique, note) l�amour platonique ne fut jamais que faux semblant, o�, comme il dit, � art de cacher l�adult�re sous le voile �. Il explique, malicieux : � Les hommes avouaient hautement un amour qu�il �tait convenu que les femmes ne partageraient point... Il nous reste assez de monuments de ce temps pour nous montrer quelles �taient les m�urs que couvrait cette esp�ce d�hypocrisie. �

Voltaire a raison pour beaucoup de cas. Mais le monde int�rieur est plus vari� qu�il ne croit. Nos classifications, bien qu�elles ne soient jamais trop riches, restent toujours insuffisantes et l�expression ne saisit qu�une partie des nuances et des formes des sentiments r�els. Le platonisme fut souvent une pr�face hypocrite ou inqui�te, une descente habile ou un glissement involontaire ; il fut parfois autre chose : le parfum, par exemple, qui reste apr�s la liqueur bue, l�amiti� charm�e qui, chez les �tres tendres et sans jalousie, peut succ�der aux sensualit�s.

L�amour platonique nous semble un peu ridicule aujourd�hui, s�il est l�amour unique. Mais, pour le pluraliste, il peut, � c�t� d��motions plus sensuelles, avoir ses heures de charme souriant. M�me dans l�amour unique, si une maladie ou quelque autre obstacle s�oppose aux r�alisations physiques, le platonisme apporte gr�ce et consolation. L�amour d�H�lo�se pour Ab�lard diminu� n�est pas simple amiti�. Ce n�est pas non plus le deuil d�une veuve. Ce m�lange de souvenirs, de r�ve bless�s, de regrets incertains, d�imaginations tendres est certes inanalysable et instable - comme tout ce qui est vivant.

L�amour existe-t-il chez les animaux ? Chez certains, pas m�me la possession, ni, semble-t-il, la jouissance. La femelle du poisson �cailleux abandonne ses �ufs ; le m�le les f�conde ensuite sans savoir, qui les a pondus. Y a-t-il quoi que ce soit qui ressemble � l�amour chez les insectes communistes, abeilles et fourmis, o� le m�le est tu� d�s qu�il a rempli son r�le f�condateur et o� une seule rencontre f�conde la femelle pour toute sa vie ? La mante religieuse, certaines araign�es, certaines sauterelles d�vorent le m�le pendant la p�riode ou aussit�t apr�s. Puisqu�il accepte ce sort in�vitable ou consent � ce gros risque, il faut supposer chez lui un vif attrait vers la femelle. Mais la femelle �prouve sans doute peu de plaisir, qui garde son sang-froid de chasseresse.

Les oiseaux donnent une id�e plus voisine de notre amour. Le moineau, le coq sont des m�les remarquablement dou�s et ardents. Le coq pose, si l�on ose dire, des lapins ; il attire parfois la femelle en poussant le m�me appel que s�il venait de d�couvrir un ver de terre. Plusieurs mammif�res, le cheval, le taureau ont des allures, des fiert�s, des mouvements, des regards, des cris qui disent �loquemment le d�sir.

L�amour humain a pourtant ses caract�ristiques et ses privil�ges. Seul, l�homme n�ob�it pas aux saisons et � un rythme �troit, mais aime � toute �poque de l�ann�e. Seul, il conna�t les d�licieuses langueurs qui suivent le baiser. Seul, il conna�t les embrassements et leurs douces variantes. Son corps est sensible par toute sa surface. L�animal conna�t le baiser, non la caresse. Et, sur l��toffe de la nature, quelles brillantes ou d�licates broderies dessine notre imagination...

Mais nous savons empoisonner nos joies. La jalousie n�est pas chose exclusivement humaine ; elle prend chez l�homme une profondeur plus douloureuse. Et les pauvret�s tyranniques et cruelles du sadisme, les pauvret�s serviles du masochisme sont notre cr�ation.

C�est pourquoi plusieurs condamnent l�amour ou r�p�tent apr�s Buffon que seul le c�t� physique en est bon. Supprimer les sentiments qui donnent de si grandes joies mutuelles pour mieux �carter ceux qui am�nent des douleurs et des m�chancet�s est m�thode trop appauvrisseuse. Il est d�autres moyens de tuer en soi la jalousie, l�autoritarisme, l�exclusivisme, le propri�tarisme ; il est d�autres moyens de purifier l�amour de toute hostilit�. Les �picuriens le savaient. Epicure et M�trodore restaient les plus parfaits des amis en aimant la m�me L�ontium. Lucr�ce fait un tableau tr�s sombre et tr�s �pre des amours ordinaires o� � parce que le plaisir n�est point pur, des aiguillons secrets poussent � blesser l�objet m�me de notre fr�n�sie. � Mais il conna�t le rem�de aux folies, aux aigreurs et aux brutalit�s de l�amour unique. Il enseigne � � jeter dans les corps qu�on rencontre l�humeur amass�e �, � � troubler par des blessures nouvelles la blessure ancienne � et � � cueillir des volupt�s exemptes de peine �.

Notre pluralisme ( voir ce mot ), admet peut-�tre d�autres d�licatesses que le sien, des nuances plus riches, des souvenirs plus attendris, et, � l�heure voluptueuse, un sens plus fin de ce que le baiser actuel a de saveur unique et originale.

L�amour plural de Lucr�ce est tourn� uniquement vers le sexe. Nos choix multiples aiment des individus, les gr�ces personnelles de leurs caresses, de leurs paroles, de leurs pens�es, de leurs sentiments. Nous aimons des uniques. Pr�t � tous les accueils, l�anarchiste pluraliste distingue chaque accueilli. Il aime ce qu�il a de nouveau, de singulier, de spontan� ; il ne le consid�re pas seulement comme une occasion, de volupt� banale ou m�me de volupt� renouvel�e et originale.

Lucr�ce �limine l�amour proprement dit pour ne conserver que la volupt�. � � toutes nos volupt�s, sachons plut�t donner une �me et un accompagnement d�amour.


Han RYNER


Amour. Attachement sentimental � une personne ou go�t prononc� pour une chose. Telle est la d�finition qui, sans pr�tendre � �tre parfaite, para�t la mieux appropri�e, � un mot dont on se sert couramment pour exprimer des sentiments a ce point divers, comme origine et comme nature, qu�ils n�ont presque plus aucun rapport entre eux.

Le Fran�ais, sans violer les usages de son milieu ni les coutumes de sa langue, n�est-il pas fond� � dire :

J�aime la musique et la peinture ? J�aime mon pays natal et l�humanit� ? J�aime ma ma�tresse et ma m�re et quelques vieux amis ? J�aime aussi les volailles grasses et le gibier de haut go�t ?

Pourtant quelles diff�rences profondes ne constatons-nous pas, entre le sentiment d�affectueuse gratitude �prouv� pour une m�re, et le sentiment voluptueux que nous inspira notre amante ; entre l�attrait qu�exerce sur notre intellect une forme d�art, ou un genre d��tude, et le besoin que nous avons de renouveler la satisfaction gustative que nous occasionna une table bien servie !

Plus �l�gante et plus pr�cise en ceci, la langue anglaise nous offre deux termes, et non un seul, pour exprimer, sans confusion possible, tant�t les �lans les plus g�n�reux du c�ur humain, et tant�t des pr�f�rences gastronomiques ou similaires.

Il n�est pas question de jeter, � l�instar de la religion catholique, l�anath�me sur les plaisirs sensuels, si l�gitimes et si n�cessaires, ni de d�clarer seuls dignes d�estime les joies platoniques et les enivrements intellectuels, mais bien de d�plorer, au nom de la po�sie et de la clart�, l�insuffisance fr�quente des mots qui s�y rapportent.

Notre d�finition ne serait point compl�te, en effet, si nous ne distinguions entre l�amour qui a pour objet les choses, et l�amour qui a pour objet des �tres anim�s, principalement les personnes humaines. Et, d�analyser ce dernier nous conduit � distinguer encore entre l�amour que l�on �prouve pour soi-m�me, et celui que l�on ressent pour autrui, entre l�amour id�aliste, ou familial, ou passionn�, et l�amour sexuel, car les caract�res n�en sont point identiques.

L�amour de soi est repr�sent� par l�instinct de conservation personnelle, avec le d�sir d�atteindre au bonheur et d�assurer son bien-�tre.

Ce que l�on nomme l�amour-propre, c�est l�amour de soi con�u du point de vue moral, c�est-�-dire le respect de soi-m�me, en tant que mesure de pr�servation pour ce qu�il y a de meilleur en nous, plus le souci de notre dignit�, par �gard pour l�appr�ciation que peuvent avoir de notre conduite ceux auxquels nous avons accord� estime et affection. L�amour-propre et l�amour de soi ne sont point des d�fauts, mais de fort grandes qualit�s qui, rendant l�individu actif et de fr�quentation agr�able, tant en vue de son int�r�t particulier qu�indirectement au profit de son entourage, m�ritent d��tre class�es parmi les vertus d�utilit� sociale.

Ni l�amour-propre ni l�amour de soi ne sont � confondre, d�ailleurs, avec l��go�sme, qui, au point de vue de l�utilit� sociale, n�est pas une vertu mais un vice, si tant est que l�on veuille bien conserver au mot �go�sme la signification consacr�e par l�usage, non sans raison d�ailleurs. En effet, le mot �go�sme ne signifie pas seulement en conformit� avec l��tymologie : amour de soi, mais encore et surtout : recherche des satisfactions personnelles sans consid�ration des cons�quences pour autrui. D�fini ainsi, l��go�sme appara�t n�cessairement comme un remarquable facteur de tyrannie, et comme un des plus grands obstacles � l�harmonie sociale.

L�amour, on pourrait dire le go�t particulier ou le penchant, que nous avons pour certaines choses, en opposition avec l�indiff�rence ou l�aversion que nous �prouvons pour d�autres choses, semble provenir exclusivement des habitudes et des aptitudes transmises par notre h�r�dit�, puis des suggestions de notre �ducation premi�re, modifi�es par notre exp�rience propre et l�influence du milieu.

Cet amour pour ce qui appara�t comme un prolongement de notre moi, ou bien, physiologiquement ou intellectuellement, comme une nourriture en rapport avec nos besoins, est caract�ris� par un d�sir de possession, qui n�est point un mal, tant qu�il ne prend pas des proportions extr�mes, avec la volont� d�appropriation exclusive ou d�accaparement.

Nous pouvons aimer les spectacles de la nature et la science, les �uvres d�art, la bonne ch�re et les pierres pr�cieuses, sans en r�server pour nous seuls la jouissance � l�instar de trop nombreux maniaques qui en arrivent � ignorer le plaisir qu�il peut y avoir � faire plaisir, et oublier que, lorsqu�on a r�gl� toutes ses factures, on n�est jamais enti�rement quitte pour cela envers l�humanit�.

L�amour que nous �prouvons pour des �tres vivants semblables � nous ou proches de nous, auxquels nous lient des sympathies, r�v�le � l�examen quelque chose de plus que le d�sir de la jouissance par la possession, surtout lorsque ne sont en jeu ni la passion �rotique ni l�ardeur sexuelle.

Ne voit-on pas fr�quemment, � l�occasion de collectes publiques, de petits m�nages bien modestes se priver pour porter secours, sans aucune certitude de r�ciprocit�, � des populations lointaines dont ils n�auront, selon toute vraisemblance, jamais l�occasion de visiter le pays ? Ne vit-on point des m�res, parfois des amantes, se r�signer � de cruelles s�parations pour assurer le bonheur d�un �tre cher ? Beaucoup de gens ne prennent-ils point sur leurs loisirs ou leurs �conomies, non seulement pour soulager des d�tresses cach�es, mais encore pour �viter aux animaux de mauvais traitements, aux arbres des for�ts la destruction, alors qu�ils ne b�n�ficieront point de l�ombre de ceux-ci, et que le martyre de ceux-l� se produit loin de leurs regards ?

C�est que les habitudes mill�naires de l�entr�aide, plus forte que les rivalit�s de tous genres, ont �tabli entre des �tres, m�me appartenant � des races ou des esp�ces diff�rentes, une solidarit� qui souvent se manifeste par des actes spontan�s, exempts de calcul.

C�est que les personnes que nous aimons, en lesquelles nous nous retrouvons, ne sont pas seulement un prolongement de nous-m�mes, mais un peu de nous-m�mes, d�o� une participation indirecte, parfois tr�s vive, � leurs souffrances et � leurs joies.

Et ceci nous am�ne � consid�rer l�amour, dans sa forme la plus id�aliste : la recherche du bonheur personnel par la conscience du bonheur d�autrui, m�me lorsque celui-ci se paye du sacrifice de notre plaisir ou de notre s�curit�.

L�instinct maternel, l�amiti�, le mysticisme social en offrent de fr�quents exemples.

On ne peut en dire autant de l�amour lorsqu�il est dict� par l�attirance sexuelle. Rien ne dispose mieux, en effet, � une v�ritable fr�n�sie d�appropriation, � une soif plus marqu�e d��go�stes extases, en d�pit des apparences.

Lorsque la violence exquise et brutale de ces app�tits se temp�re, ce n�est, principalement chez l�homme, que dans la mesure o� interviennent des sentiments plus durables et plus doux : la tendresse partag�e, l�estime mutuelle, la communaut� des habitudes et des aspirations. Ainsi, selon les temp�raments, les circonstances et le degr� d��ducation, l�amour sexuel est-il susceptible de prendre des formes vari�es.

Lorsque l�on dit que des animaux ou des gens sont en amour, c�est pour exprimer en termes att�nu�s qu�ils sont en rut. Et le rut, c�est la forme la plus rudimentaire de l�attirance sexuelle, ce n�est que le besoin imp�rieux d�apaiser par le co�t les ardeurs dont, � intervalles r�guliers, sont le si�ge les organes g�nitaux masculins et f�minins. La caract�ristique du rut c�est de ne s�embarrasser gu�re d�id�alisme et de sentimentalit�. Pour le plaisir de l�accouplement, le m�le cherche une femelle, la femelle aguiche un m�le. L�essentiel est qu�ils ne soient pas trop d�plaisants. Et l�on se quitte sans regrets excessifs, lorsque la fringale est pass�e.

Mais voici o� la c�r�bralit� intervient : les sens sont assoupis, la sexualit� sans exigences. Et, tout � coup, � l�instant o�, perdu dans la foule, on ne pensait gu�re � une idylle, un regard entre mille autres vous remplit d�un trouble �trange, un visage, une d�marche entre-aper�us, fixent irr�sistiblement votre attention, sans que l�on puisse d�m�ler la cause exacte d�un attrait si puissant et si soudain. On ne se conna�t point ; on n�a pas eu le loisir de s��tudier, d�appr�cier ses qualit�s et ses d�fauts, ni ce que sera le contact des �pid�mies. Et pourtant l�on se sent pris par quelque chose de myst�rieux, qui n�est point de l�amiti�, et ne peut �tre de l�estime, qui est plus captivant et plus fort que de la sympathie et, pr�c�dant le d�sir, ne peut �tre confondu avec lui. Question d�esth�tique en conformit� d�ensemble avec les silhouettes de nos r�ves ? Affinit�s charnelles obscur�ment r�v�l�es par d�imperceptibles d�tails ? On ne sait pas toujours. On ne saura peut-�tre jamais. Toujours est-il que c�est de cette mani�re que d�butent tr�s souvent les liaisons qui comptent le plus dans une existence, et repr�sentent le mieux des liaisons d�amour, sinon par la dur�e, du moins par l�intensit� des souvenirs qu�elles nous laissent.

Beaucoup plus explicable et plus banal est l�amour qui s��bauche par une camaraderie toute platonique, laquelle �volue jusqu�� l�amiti� et, au premier rayon de soleil du printemps, fait se retrouver les gens dans le m�me lit.

Ces ti�des associations sont fr�quemment heureuses et durables, parce qu�elles d�g�n�rent souvent en habitudes, et sont rarement boulevers�es par des temp�tes passionnelles.

Dans un cas comme dans l�autre, il est � remarquer que ce qui a fix� le d�sir sexuel exclusivement sur une personne, ou tout ou moins concentr� sur elle pour un temps nos pr�f�rences, c�est quelque chose d�intellectuel ou de sentimental, qui n�a que des rapports �loign�s avec le besoin physiologique d�accomplir un acte reproducteur que rien n�emp�cherait d�accomplir avec beaucoup d�autres personnes.

Il y a eu admiration pour la beaut� des formes, attrait pour ce que r�v�lent des pens�es intimes l�attitude et l�expression du visage. Il peut y avoir eu simple rapprochement affectueux d� � la ressemblance des caract�res, quelquefois m�me � la compassion pour une faiblesse ou une d�ch�ance. Lorsque, in�vitablement, surgit le feu du d�sir, au lieu de s��tendre au hasard, il suit la voie d�j� trac�e par le culte de la beaut�, ou de la v�rit�, ou de la bont�. Ce qui ne signifie pas qu�il ne s��teigne point si la satisfaction des sens ne se trouve en compl�ment des autres attraits. L�attirance sexuelle n�est pas seulement le rut ; elle est d�termin�e par des �l�ments tr�s complexes Mais elle ne dure point et fait place � une simple estime ou � une familiale affection l� o� le rut ne d�couvre point sa part.

L�homme - et la femme est comprise dans cette expression - n�est ni un ange ni une b�te... C�est un ange mont� sur une b�te qui r�clame du foin, et se cabre et hennit de r�volte lorsque la brise apporte � ses naseaux la senteur aphrodisiaque des for�ts.

Mais id�alis�, ennobli d�intelligence et de savoir, ou purement sensuel, l�amour doit �tre libre.

Il se suffit � lui-m�me d�s l�instant que, sans nuire � personne, i1 embellit notre existence et contribue � notre bonheur.

Il n�a pas besoin de l�excuse de la procr�ation, qui en est seulement la cons�quence normale, ni d�une sanction l�gale ou religieuse, qui ne sont que r�glement d�int�r�ts ou simples formalit�s conventionnelles. En lui-m�me, il contient sa po�sie et sa justification.

La fum�e de l�encens, et la lecture monotone du code civil sont incapables de faire na�tre l�amour o� il n�existe point, de lui conf�rer de la moralit� o� il n�est que vil marchandage. L�arbitraire du l�gislateur est impuissant � r�tablir en fait l�union des. �mes, et l�app�tit des sens, au sein des foyers o� n�existe plus qu�animosit� et que haine.

Quelle que soit la forme des unions, ce qui en fait la beaut� morale c�est la saine jeunesse et l�attachement des conjoints, l�affectueuse harmonie de leur vie intime, la constante amiti� qu�ils se portent dans les �preuves de l�existence.

Et c�est seulement en raison de ces vertus, et non de leur caract�re l�gitime ou ill�gitime que nous devrions appr�cier les couples humains.

Tout le reste n�est que d�cor, souci des apparences, ou sacrifice � certaines n�cessit�s.

Admettre le principe de la libert� de l�amour, ce n�est pas n�cessairement faire de la promiscuit� la r�gle ; ce n�est ni condamner les liaisons durables, ni fournir des excuses � ceux qui, sans consid�ration des tristes r�alit�s de la vie sociale pr�sente, s�ment autour d�eux le d�sespoir, pour la satisfaction des caprices sans lendemain.

Mais c�est reconna�tre l��galit� parfaite de l�homme et de la femme devant une morale unique ; c�est revendiquer hautement pour tous, comme pour nous-m�me, le droit d�aimer qui nous pla�t, suivant le mode qui nous convient, de nous accorder sans cesse, de nous appartenir, sans autre condition que la r�ciprocit� du d�sir, sans autre obligation que de prendre sous notre responsabilit� le dommage que notre conduite aurait pu apporter dans l�existence d�autrui.

Ce principe devrait �tre � la base des accords conjugaux dans une organisation sociale rationnelle, dont le but serait la collaboration des efforts de tous pour assurer � chacun le maximum de bien-�tre et de libert� avec le minimum de contrainte et de concessions, et non l�assujettissement permanent de l�individu � des dogmes surann�s, ou pour des fins �trang�res aux siennes. -


Jean MARESTAN


AMOUR, AMOUR EN LIBERT�. CAMARADERIE AMOUREUSE. Sous l�appellation d�amour, on peut comprendre force d�finitions. La mienne, dans cet article, sera la suivante. Par amour, j�entends tant�t l�attirance ou la passion sexuelle, tant�t le d�sir et la satisfaction de l�app�tit sexuel, satisfaction manifest�e ou par le co�t ou r�alis�e par le besoin de toucher, caresser, embrasser quelqu�un du sexe oppos�, voire de jouir de sa pr�sence, s�entretenir avec lui. (Nystrom : La vie sexuelle et ses lois ; Forel : La question sexuelle ; Robert Michels : Sexual Ethics.)

Individualiste anarchiste, je ne pose nullement comme un dogme que l�attraction, l�app�tit, le d�sir sexuels - l�Amour donc - ait seulement pour origine les appas ou attraits ext�rieurs de l��tre aim�, le fait qu�elle ou il vous � porte � la peau �. Bien au contraire, surtout lorsqu�il s�agit d�unit�s humaines s�lectionn�es comme le sont les anarchistes, l�amour peut tout aussi bien avoir pour cause la sensibilit� de l��tre aim�, son caract�re, son intellectualit�, sa nature affectueuse, les aventures dont est remplie son existence, l�activit�-raison d��tre de sa personnalit�, ses manifestations de tendresse � votre �gard, m�me sa persistance dans le d�sir. Il n�est pour moi aucun motif d�attirance ou de sympathie qui soit sup�rieur ou inf�rieur � un autre.

Par libert� de l�amour, amour libre, amour en libert�, libert� sexuelle j�entends l�enti�re possibilit� pour une ou un camarade, d�en aimer un, une, plusieurs autres simultan�ment (synchroniquement), selon que l�y pousse ou l�y incite son d�terminisme particulier.

En ce qui me concerne, individualiste anarchiste, je con�ois cette possibilit�, cette libert� sans �gard aucun aux lois �dict�es par les gouvernants en mati�re de m�urs, aux habitudes re�ues ou accept�es en fait de moralit� par les soci�t�s humaines actuelles. Pour moi, la libert� de l�amour se con�oit � par del� le bien et le mal � conventionnels.

Dans un milieu individualiste anarchiste, la libert� de l�amour se comprend, logiquement, en dehors de l��tat civil, de la situation sociale, de l�apparence ext�rieure, de l�opinion publique, de la consanguinit� ; elle n�a pas �gard aux pr�jug�s courants sur la pudeur, la virginit�, le vice, la vertu, la consid�ration, l�estime, la r�putation, la fid�lit� sexuelle, etc. Elle ne tient pas compte du fait que l��tre d�sir� ou aim� cohabite ou entretient d�j� des relations amoureuses.

Dans un milieu anarchiste individualiste, on consid�re comme �minemment ridicule qu�il soit r�serv� � un seul sexe de proposer l�exp�rience amoureuse, comme s�il n�appartenait pas tout autant � la compagne qu�au compagnon de faire conna�tre son d�sir de relations amoureuses. Dans un tel milieu, o� l�on consid�re l�amour comme une question de puissance non de quantit�, o� on aime tous ceux et autant qu�on peut aimer sans limite autre que la capacit� individuelle, il est logique qu�on consid�re tout et toute camarade comme un amant ou un compagnon, comme une amante ou une compagne possible, en perspective. Nulle, nul, ne saurait trouver � redire � s�y voir sollicit� en vue d�une exp�rience amoureuse, quels que soient la, le, les camarades qui en fassent la proposition. Et cela dans n�importe, quelles circonstances ou conditions. Nul � tiers � ne saurait opposer un obstacle � la proposition de l�exp�rience amoureuse, � plus forte raison � sa r�alisation. Dans la mesure de ses possibilit�s, au contraire, chacun facilitera la pratique de la libert� de l�amour consid�rant son geste comme un acte de camaraderie.

En effet, l�exp�rience amoureuse � mon sens n�est pas seulement une manifestation d��go�sme pur, une recherche de jouissance, de plaisir physique ou sentimental, dans le but d�augmenter la somme de bonheur individuel, je la consid�re comme une exp�rience de la vie individualiste, comme un aspect de la camaraderie qui r�unit les uns aux autres les individualistes anarchistes. Voil� pourquoi les manifestations amoureuses rentrent dans le cadre de la camaraderie intersexuelle et toute, tout individualiste peut consid�rer comme incompl�te une camaraderie qui n�incluerait pas l�exp�rience amoureuse.

Par suite, dans un milieu individualiste anarchiste, o� l�on a fait table rase des pr�jug�s traditionnels, de la morale religieuse et la�que, le sentiment - autre nom pour d�signer l�attraction et la sympathie sexuelle - ne se con�oit pas sur un plan m�taphysique ou extraphysiologique. L�impression sentimentale n�est ni mystique ni inexplicable ; elle peut parfaitement �tre �lucid�e, raisonn�e, analys�e.

Comme tous les autres produits de la sensibilit� individuelle, le sentiment est susceptible d��ducation, d�entretien, de culture intensive et extensible. On peut vouloir �tre plus sentimental qu�on se trouve actuellement et y parvenir, comme on peut arriver, par des soins appropri�s, � faire rendre � un arbre ou � une terre de plus gros fruits ou des �pis plus volumineux. On peut s��duquer en vue d��tre aimant, tendre, affectueux, caressant, etc.

C�est en prenant en consid�ration toutes ces remarques que par amour libre j�entends des rapports sexuels aussi libres, aussi variables et aussi multiples, au sein des milieux individualistes anarchistes, que le sont ou devraient l��tre entre camarades de sexe oppos� les rapports intellectuels ou moraux. On ne saurait comprendre, en effet, pourquoi les manifestations amoureuses devraient �tre mises de c�t� dans les relations qu�entretiennent des camarades.

La question de la camaraderie passant au premier plan, - toutes r�serves �tant faites quant aux temp�raments � solitaires � ou � amoureux uniques � exceptionnels, ou encore quant � certaines r�pugnances personnelles d�cid�ment invincibles - aucune, aucun camarade sain, normal, ne se refusera � tenter l�exp�rience de camaraderie amoureuse d�s lors qu�elle est propos�e par une ou un camarade avec qui on sympathise, avec lequel on se sent suffisamment d�affinit�s affectives, sentimentales, voire intellectuelles - qui en retirerait une si grande joie, le plaisir n��tant pas moindre chez celle ou celui qui accepte la proposition.

A vrai dire, dans un milieu individualiste anarchiste dont les constituants ont. �t� s�lectionn�s sur la base des affinit�s personnelles, le refus ne peut �tre qu�exceptionnel, �tant bien entendu que toute conception de la libert� de l�amour implique libert� enti�re de se donner � qui vous pla�t, libert� enti�re de se refuser � qui vous d�pla�t. Mais pas plus que le refus de participer � la production dans un milieu de camarades producteurs ou de s�associer � un effort quelconque en vue de rendre plus intense la joie de l�association � laquelle on appartient - le refus de camaraderie amoureuse ne saurait �tre l�effet du caprice, de la coquetterie, du d�sir de faire souffrir ou de troubler l�harmonie du groupe auquel on appartient. Je pose en th�se que dans le domaine de l�amour, des manifestations amoureuses, les individualistes anarchistes ne peuvent vouloir se faire souffrir davantage que dans les autres exp�riences de la vie en camaraderie.

Du Xe au XVIe si�cle, il a exist� des groupements mystico-anarchistes o� le toutes � tous, tous � toutes a �t� pratiqu� avec ce r�sultat que ceux qui en faisaient partie ignoraient la mis�re, ne r�glaient pas leurs diff�rends au moyen de juges ou par l�emploi de la violence physique, ignoraient ma�tres et serviteurs. Les enfants surtout apparaissent comme merveilleusement choy�s. Les documents qui demeurent des pers�cutions qui leur furent inflig�es, quand ces milieux devenaient trop importants, stigmatisent en termes v�h�ments et leur promiscuit� et l�ignorance de paternit� en laquelle leurs enfants �taient tenus. C�est l�abomination de la d�solation pour ces juges, pour la plupart eccl�siastiques, puisqu�il s�agissait de sectes h�r�tiques. Ce n�est pas une des incons�quences les moins curieuses de ces tribunaux compos�s d�hommes vou�s au c�libat volontaire de se mettre � ratiociner sur des faits �chappant � leur comp�tence.

En r�gime de promiscuit� sexuelle, ou de communisme sexuel, l�enfant est infiniment plus choy� qu�en r�gime familial. Les �l�ments masculins ignorent quels sont leurs enfants, aussi ceux d�entre eux qui ont des sentiments paternels les manifestent-ils g�n�ralement � l��gard de tous les enfants du groupe auxquels ils appartiennent et, par suite du sentiment acquis, � tous les enfants des milieux o� ils passent.

Je consid�re que le toutes � tous, tous � toutes est l�aboutissement normal et in�vitable de l�application sinc�re et logique des th�ories de l�amour libre et de la libert� sexuelle. Parmi les individualistes anarchistes, naturellement, cette formule ne se con�oit appliqu�e que dans des milieux volontairement, librement choisis par celles et ceux qui les constituent,

M�me en laissant de c�t� toute conception doctrinale, il est clair que dans tout milieu s�lectionn�, petit ou grand, o� les occasions de jouissance amoureuse, physique ou sentimentale, seraient en abondance, les ruptures amoureuses perdraient leur caract�re brusque, tranch�, blessant. D�ailleurs, comme les mots � toujours � et � jamais � ont une apparence et une signification trop dogmatiques pour les admettre autrement que relativement dans le vocabulaire individualiste anarchiste, si c�est � en camarades � qu�on se lie amoureusement, c�est � en camarades � qu�on se d�lie : sans aigreur, sans �pret�, avec douceur, en amis dispos�s � recommencer l�exp�rience amoureuse le lendemain m�me de sa fin, le cas �ch�ant. A la v�rit�, de bons camarades ne s�imposent pas la cessation de leurs relations amoureuses ; quand ils y mettent un terme, c�est qu�ils sont d�accord l�un et l�autre.

La libert� de l�amour implique que ceux qui la pratiquent poss�dent une �ducation sexuelle �tendue et pratique. Tout essai de vie amoureuse sous-entend, parmi les individualistes anarchistes, que ceux qui la tentent sont au courant de l�hygi�ne sexuelle, des moyens � employer pour se pr�server de toute contamination v�n�rienne, �viter les suites de tout rapport sexuel suspect ou douteux.

On s�est demand� pourquoi des id�es semblables � celles que je viens d�exposer rencontrent, particuli�rement parmi l��l�ment f�minin des milieux anarchistes - individualistes comme communistes, d�ailleurs - une m�compr�hension qui est souvent de l�hostilit�. Sans nier les autres causes dont l�examen approfondi allongerait d�mesur�ment cet article, on peut attribuer cette opposition � la persistance de l��ducation religieuse chez les compagnes anarchistes. Dans les pays protestants, l�id�e qui pr�sida � la R�forme, la r�action du fond contre la forme, de l�esprit contre la mati�re, de la foi sur les �uvres aboutit, en mati�re de m�urs, officiellement bien entendu, aux m�mes d�viations, � la m�me mutilation, au m�me m�pris de l�oeuvre de chair que dans les pays catholiques. Sous le d�guisement de pr�ceptes moraux, on y retrouve les commandements de l�Eglise romaine : � Impudique point ne seras de corps ni de consentement. - D�sirs impurs rejetteras pour garder ton corps chastement. - �uvre de chair ne consommeras qu�en mariage seulement. � Ces pr�jug�s sont parmi les plus tenaces � d�raciner et c�est pourquoi pour maint esprit averti, l��mancipation sexuelle de la femme, l��ducatrice naturelle de l�enfant, semble devoir passer avant toutes les autres �mancipations. Quand on serre la question d�un peu pr�s, il n�est pas difficile de s�apercevoir que l��mancipation r�elle de la femme d�pend de son �mancipation religieuse absolue et de son �mancipation sexuelle. C�est seulement quand elle s�est d�barrass�e de la notion Dieu et de la notion moralit� qu�elle est d�livr�e de la superstition et de l�asc�tisme, de l�autel et du tr�ne, du pr�tre et du mari. La femme qui � a de la religion � et la femme qui � a des m�urs � sont les deux piliers de l�esclavage f�minin individuel et du conservatisme social f�minin. Elles le sont par surcro�t de l�ignorance et de l�exploitation o� croupissent la g�n�ralit� des hommes. -


E. Armand.


AMOUR - Le vocable le plus incompris, ayant subi le plus d�humiliations, de d�formations, de falsifications. On lui fait exprimer le contraire de ce qu�il signifie. Le vocable - victime par excellence, souill�, sali par les moralistes, les bourgeois et les cuistres. Exploit� par les tenanciers de l�adult�re au th��tre, les pornographes du roman naturaliste et psychologique ; se traduisant dans la vie par le fait-divers banal, le � crime passionnel � que la- justice absout. Accapar� par les eunuques. Souverain d�poss�d� auquel il sied de rendre son royaume. Ce qui existe, ce n�est pas l�amour, c�est la caricature de l�amour. L�amour est le privil�ge d�une �lite. L�amour est l��me de l�art, de la po�sie, de la vie, de toute passion noble et g�n�reuse ; la source des �uvres vraiment spontan�es, des libres cr�ations originales et personnelles, des beaux gestes, des belles pens�es. Foyer perp�tuel d�enthousiasme, de sinc�rit� et d�h�ro�sme. La condition de toute survie. Quand on voit les imb�ciles semer la haine, on est tent� de leur crier : � Mis�rables ! vous ne voyez donc pas que vous tuez la pens�e, l�art, le g�nie, tout ce qui fait que la vie vaut la peine d��tre v�cue. Vous accomplissez l� la plus st�rile des besognes ! � Ils ne comprendraient pas. -

N.-B. Ne pas confondre l�amour avec la philanthropie, l�indulgence, la r�signation, la piti�, la bont�, l�aum�ne, la charit� � officielle � ou mondaine, le sentimentalisme, l�altruisme, le socialisme. Ce sont l� des formes d��go�sme, et l�amour est l�adversaire de l��go�sme. Il est l�action et le sentiment r�g�n�r�s, embellis, magnifi�s. Ce qui manque le plus � l�humanit� actuelle, ce dont elle aurait tant besoin, ce qui pourrait la sauver, et ce dont elle ne veut pas entendre parler, sous aucun pr�texte. - Aimez-vous les uns les autres. Pr�cepte de l��vangile, m�connu en tous temps, et en particulier dans le n�tre, que les disciples du Christ traduisent par ces mots : Ha�ssez-vous les uns les autres. C�est la plus colossale mystification qui ait jamais eu lieu dans l�humanit�, c�est l�exemple le plus frappant de la d�formation que la m�diocrit� fait subir aux id�es, afin d�en tirer parti dans un but diam�tralement oppos� � celui que poursuivent initiateurs et pr�curseurs. -


G. De Lacaze- Duthiers




Note : "RYNER (Han) MARESTAN (Jean) E. Armand"

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