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  Post� le samedi 18 juin 2005 @ 21:17:30 by AnarchOi
Contributed by: AnarchOi
GuerrePubli� pour la premi�re fois en anglais dans Mother Earth, vol. X, N� 10, d�cembre 1915
Traduit par Yves Coleman
Pour la revue Ni patrie ni fronti�res




Emma Goldman
La préparation militaire nous conduit tout droit au massacre universel
 


Depuis le d�but de la conflagration europ�enne, l�humanit� a �t� presque enti�rement anesth�si�e par la mortelle folie du bellicisme, enivr�e par les vapeurs d�l�t�res d�un chloroforme impr�gn� de sang, qui a obscurci sa vision et paralys� son c�ur. En effet, � l�exception de quelques tribus sauvages qui ne connaissent ni la religion chr�tienne, ni l�amour fraternel, ni les dreadnaughts,les sous-marins, les usines de munitions et les emprunts de guerre, le reste de l�humanit� est plong� dans une terrible narcose. L�esprit humain ne semble s�int�resser qu�� une chose, la sp�culation sur le meurtre. Toute notre civilisation, toute notre culture est concentr�e sur la folle demande d�armes de destruction, si possible les plus perfectionn�es.

�Munitions! Munitions! O, Seigneur, toi qui r�gnes sur la terre et dans les cieux, toi le Dieu de l�amour, de la piti� et de la justice, procure-nous assez de munitions pour d�truire notre ennemi!� Telle est la pri�re qui monte chaque jour vers le ciel chr�tien. Le b�tail, lorsqu�il est �pouvant� par le feu se jette dans les flammes. Les peuples europ�ens agissent de la m�me fa�on : ils se pr�cipitent dans les flammes d�vorantes de la guerre, en s�entre-tuant. Quant � l�Am�rique, pouss�e au bord de l�ab�me par des politiciens sans scrupules, des d�magogues braillards, et d�avides requins militaires, elle se pr�pare � un destin funeste identique.

Face � ce d�sastre qui approche, il appartient aux hommes et aux femmes qui ne sont pas encore emport�s par la folie guerri�re d��lever la voix, de protester, d�attirer l�attention de la population sur les crimes et les atrocit�s qui vont �tre perp�tr�s contre eux.

L�Am�rique est essentiellement un melting-pot. Dans ce pays, aucun groupe national ne peut se vanter d�appartenir � une race pure et sup�rieure, d��tre d�tenteur d�une mission historique particuli�re ou d�une culture plus spirituelle. Et pourtant les chauvins et les sp�culateurs bellicistes n�arr�tent pas d��nonner les slogans sentimentaux du nationalisme hypocrite: �L�Am�rique aux Am�ricains�, �L�Am�rique d�abord, avant tout et toujours.� Ces slogans sont populaires partout. A les en croire, pour sauver l�Am�rique, il faudrait que tout le monde suive imm�diatement une formation militaire. Un million de dollars pr�lev�s sur la sueur et le sang du peuple vont �tre d�pens�s pour des dreadnoughtset des sous-marins, pour l�arm�e et la marine, tout cela pour prot�ger cette pr�cieuse Am�rique.

Ces discours pleins de pathos dissimulent le fait que l�Am�rique qui sera prot�g�e par une �norme force militaire ne sera pas l�Am�rique du peuple, mais celle des privil�gi�s ; de la classe qui vole et exploite les masses, et contr�le leur vie, du berceau � la tombe. Il est path�tique que si peu de gens se rendent compte que la pr�paration militaire ne conduit jamais � la paix, mais m�ne tout droit au massacre universel.



Avec les m�thodes et la ruse qu�emploient les diplomates conspirateurs et les cliques dirigeantes de l�arm�e allemande pour imposer le militarisme prussien aux masses de leur pays, les cercles bellicistes am�ricains, aid�s par les Roosevelt, les Garrison et les Daniels, rejoints maintenant par les Wilson, se d�pensent sans compter pour �craser le peuple am�ricain sous le talon de fer du militarisme. S�ils r�ussissent, ils lanceront l�Am�rique dans la temp�te de sang et de larmes qui d�vaste d�j� l�Europe.

Il y a quarante ans, l�Allemagne a entonn� les m�mes discours: �L�Allemagne au-dessus de tout, l�Allemagne aux Allemands, l�Allemagne d�abord, avant tout et toujours. Nous voulons la paix, c�est pourquoi nous devons nous pr�parer � faire la guerre. Seule une nation bien arm�e et parfaitement pr�par�e peut maintenir la paix, exiger le respect et �tre s�re de conserver son int�grit� nationale.� Et l�Allemagne a continu� � se pr�parer � la guerre, obligeant ainsi les autres nations � l�imiter. La terrible guerre europ�enne actuelle n�est que la cons�quence ultime des pr�dications de cet �vangile � t�te d�hydre: la pr�paration militaire.

Depuis le commencement de cette guerre mondiale, des kilom�tres de papier et des oc�ans d�encre ont �t� utilis�s pour prouver la barbarie, la cruaut�, l�oppression du militarisme prussien. A l�unisson, conservateurs et socialistes appuient les Alli�s pour une seule raison : �craser ce militarisme qui emp�che, selon eux, toute paix et tout progr�s en Europe. L�Am�rique s�est enrichie en fabriquant des tonnes de munitions et en pr�tant de l�argent aux Alli�s pour les aider � �craser les Prussiens. Et maintenant les m�mes slogans retentissent en Am�rique. Et s�ils se traduisent par une mobilisation nationale, ils cr�eront un militarisme am�ricain bien plus terrible que le militarisme allemand ou prussien. Pourquoi? Parce que nulle part dans le monde le capitalisme n�est aussi effront�ment avide qu�aux Etats-Unis et nulle part l��tat n�est aussi dispos� � s�agenouiller aux pieds du Capital.

Comme une �pid�mie, une vague de folie gagne le pays, le germe mortel du militarisme contamine les esprits les plus lucides et les c�urs les plus braves. Les Ligues de d�fense de la s�curit� nationale,qui arborent un canon sur leurs embl�mes, les sections de la Navy League(1), dont les dirigeantes se sont �parpill�es aux quatre coins du pays, des femmes qui se vantent d�appartenir au �sexe faible �, des femmes qui donnent la vie dans la souffrance et le danger, eh bien ces femmes sont pr�tes � sacrifier leur prog�niture au Moloch de la Guerre. Les soci�t�s pour l�am�ricanisation(2), auxquelles appartiennent des gens aux id�es tr�s lib�rales, et qui hier encore d�non�aient les �neries patriotiques, acceptent aujourd�hui d�embrouiller l�esprit de l�opinion publique et d�aider � construire les m�mes forces de destruction en Am�rique qu�elles essaient, directement et indirectement, de d�truire en Allemagne � le militarisme fauche la jeunesse, viole les femmes, extermine le meilleur de l�humanit�, an�antit la vie m�me.

M�me Woodrow Wilson (3) qui, il y a peu, d�clarait encore : �Une nation est trop fi�re pour se battre� ; qui, au d�but de la guerre, a ordonn� que l�on prie pour la paix ; lui qui, dans ses discours, parlait de la n�cessit� d�attendre avec prudence, eh bien, m�me Woodrow Wilson est rentr� dans le rang. Il a maintenant rejoint ses coll�gues ultra-chauvins, il a fait �cho � leurs clameurs pour instaurer la pr�paration militaire et braille d�sormais lui aussi : �L�Am�rique aux Am�ricains�. La diff�rence entre Wilson et Roosevelt est la suivante : Roosevelt, une brute-n�e, utilise la matraque. Wilson, l�historien, le professeur, porte le masque soigneusement poli des universitaires, mais sous ce masque, comme Roosevelt, il n�a qu�un seul but : servir les int�r�ts du grand capital, pour aider ceux qui sont en train de devenir ph�nom�nalement riches en produisant encore davantage de fournitures militaires.

Woodrow Wilson, dans son discours devant les Filles de la R�volution am�ricaine(4) s�est d�masqu� lorsqu�il s�est �cri� : �Je pr�f�rerais �tre tabass� que mis � l�index.� Effectivement, se dresser contre les fabricants de munitions et d�armes, les Bethlehem, du Pont, Baldwin, Remington, et autres Winchester, m�ne � l�ostracisme et � la mort politiques. Wilson le sait, donc il trahit sa position originelle, rejette sa pr�tention pass�e � �tre �trop fier pour combattre� et hurle aussi fort que n�importe quel politicien minable qu�il faut g�n�raliser la pr�paration militaire et porter la nation aux nues. Il va m�me jusqu�� soutenir la stupide revendication avanc�e par les femmes de la Navy Leaguequi veulent imposer dans chaque �cole le serment suivant: �Je m�engage � faire tout ce qui est en mon pouvoir pour servir les int�r�ts de mon pays, � soutenir ses institutions et � d�fendre l�honneur de son nom et de son drapeau. Comme je dois tout � mon pays, je consacrerai mon c�ur, mon esprit et mon corps � son service et je promets de travailler � son progr�s et � sa s�curit� en temps de paix. Je m�engage � n�h�siter devant aucun sacrifice ni aucune privation pour sa cause si j��tais appel� � agir pour d�fendre la libert�, la paix et le bonheur de notre peuple.�

D�fendre les institutions de notre pays, c�est d�fendre les institutions qui prot�gent et soutiennent une poign�e d�individus pour qu�ils volent et pillent les masses, les institutions qui pompent le sang des autochtones comme celui des �trangers et le transforment en richesses et en pouvoir, les institutions qui d�pouillent chaque immigr� de la culture originale qu�il a amen�e avec lui et lui imposent, en �change, cet am�ricanisme bon march�, dont l�unique gloire est la m�diocrit� et l�arrogance.

Ceux qui proclament �L�Am�rique d�abord !� ont trahi depuis longtemps les principes fondamentaux des vraies valeurs am�ricaines, celles que Jefferson avait en t�te lorsqu�il a d�clar� que le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins possible; celles pour lesquelles lutta David Thoreau (5) lorsqu�il proclama que le meilleur gouvernement est celui qui ne gouverne pas ; ou celles de tous les grands Am�ricains qui ont voulu faire de ce pays un refuge, en esp�rant que les d�sh�rit�s et les opprim�s qui y viendraient pourraient lui apporter un peu plus de personnalit�, de qualit� et de sens. Ce n�est pas l�Am�rique des politiciens et des sp�culateurs de l�industrie d�armement. Leur Am�rique a �t� puissamment repr�sent�e par un jeune sculpteur new-yorkais : une main cruelle aux longs doigts fins qui �crasent sans piti� la t�te d�un immigrant, faisant couler le sang pour en faire des dollars et bercer l�immigrant d�espoirs bris�s et d�aspirations �touff�es.

Etant donn� sa position, Woodrow Wilson a raison de d�fendre ces institutions. Mais quel id�al offre-t-il � la nouvelle g�n�ration ? Comment forme-t-on un militaire � d�fendre la libert�, la paix et le bonheur ? �coutons le Major-GeneralO�Ryan: �Tout soldat doit �tre entra�n� � devenir un simple automate, priv� d�initiative individuelle, transform� en machine. Il doit passer de force la t�te dans le n�ud coulant militaire, �tre dynamis�, dirig� par des sup�rieurs qui ont le pistolet � la main.�

Ce discours n�a pas �t� prononc� par un junker prussien, ni par un barbare germanique, ni par Treitschke (6) ou Bernhardi (7), mais par un Major Generalam�ricain ! Et cet homme a raison. On ne peut conduire une guerre avec des hommes �gaux, on ne peut imposer le militarisme � des hommes libres. Il faut avoir � sa disposition des esclaves, des automates, des machines, des cr�atures ob�issantes et disciplin�es, qui se d�placeront, agiront, tueront et tireront sur l�ordre de leurs sup�rieurs. Voil� � quoi aboutira la pr�paration militaire, � rien d�autre.

Il para�t que Samuel Gompers (8) faisait partie des orateurs qui ont pris la parole devant la Navy League.Si cette information est exacte, alors jamais plus grand outrage n�a �t� inflig� au mouvement ouvrier par l�un de ses dirigeants. La pr�paration militaire n�est pas dirig�e principalement contre l�ennemi ext�rieur, elle vise surtout l�ennemi int�rieur, tous les �l�ments du mouvement ouvrier qui ont appris � ne rien attendre de nos institutions ; les travailleurs conscients qui ont compris que la guerre de classes sous-tend toutes les guerres entre les nations ; ceux qui savent que, si une guerre est justifi�e, il s�agit de la guerre contre la d�pendance �conomique et l�esclavage politique, les deux principaux probl�mes concern�s par la lutte des classes.

Le militarisme a d�j� jou� son r�le sanguinaire dans chaque conflit �conomique, avec l�approbation et le soutien de l��tat. Washington a-t-il protest� lorsque �nos hommes, nos femmes et nos enfants� ont �t� tu�s � Ludlow (9) ? La note adress�e � l�Allemagne exprimait-elle une protestation virulente ? Ou bien existe-t-il une diff�rence entre tuer �nos hommes, nos femmes et nos enfants� � Ludlow et en haute mer ? Oui, c�est bien le cas. Les hommes, les femmes et les enfants de Ludlow �taient des travailleurs, des d�sh�rit�s, des damn�s de la terre, des immigrants � qui il fallait donner un petit go�t des splendeurs de l�am�ricanisme, tandis que les passagers du Lusitania (10) repr�sentaient la richesse et occupaient une haute position sociale � voil� la diff�rence.

La pr�paration militaire, donc, ne fera que renforcer le pouvoir d�une minorit� privil�gi�e et l�aidera � dominer, r�duire en esclavage et �craser le mouvement ouvrier. Samuel Gompers le sait tr�s bien et, s�il se joint aux cris de la clique militaire, il doit �tre condamn� comme un tra�tre au mouvement ouvrier.

Il en est de m�me pour toutes les autres institutions pr�tendument cr��es pour le bien du peuple et qui ont abouti au r�sultat inverse. Et il en sera de m�me pour la pr�paration militaire. L�Am�rique pr�tend se pr�parer � la paix, mais en r�alit� la pr�paration militaire provoquera la guerre. Il en a toujours �t� ainsi au cours de l�histoire sanglante de l�humanit�, et cela continuera jusqu�� ce que chaque nation refuse de combattre contre une autre nation, jusqu�� ce que les peuples du monde cessent de se pr�parer au massacre. La pr�paration militaire est comme la graine d�une plante v�n�neuse : une fois plant�e en terre, elle donnera des fruits empoisonn�s. Les massacres en Europe sont le fruit de cette graine v�n�neuse. Il faut absolument que les ouvriers am�ricains s�en rendent compte avant qu�ils ne soient emport�s par les discours chauvins dans la folie guerri�re, folie toujours hant�e par le spectre du danger et de l�invasion. Les ouvriers am�ricains doivent savoir que se pr�parer � la paix signifie inciter � la guerre, laisser se d�cha�ner les furies de la mort sur terre et sur mer.

Les masses europ�ennes qui se battent dans les tranch�es et sur les champs de bataille ne sont pas motiv�es par un d�sir profond de faire la guerre ; ce qui les a pouss�es sur les champs de bataille, c�est la comp�tition impitoyable entre d�infimes minorit�s de profiteurs soucieux de d�velopper les �quipements militaires, des arm�es plus efficaces, des bateaux de guerre plus grands, des canons de plus longue port�e. On ne peut construire une arm�e puis la ranger dans une bo�te comme on le fait avec des soldats de plomb. Lorsqu�une arm�e est �quip�e jusqu�aux dents, avec des outils meurtriers sophistiqu�s, lorsqu�elle est soutenue par les int�r�ts d�une clique belliciste, la dynamique devient autonome. Nous devons donc examiner la nature du militarisme pour comprendre pourquoi la pr�paration militaire est un truisme.

Le militarisme d�truit les �l�ments les plus sains et les plus productifs de chaque nation. Il gaspille la plus grande part du revenu national. L��tat ne d�pense presque rien pour l�enseignement, l�art, la litt�rature et la science en comparaison avec les sommes consid�rables qu�il consacre � l�armement en temps de paix. Et en temps de guerre tout le reste n�a aucune importance ; la vie stagne, tous les efforts sont bloqu�s ; la sueur et le sang des masses servent � nourrir le monstre insatiable du militarisme. Il devient alors de plus en plus arrogant, agressif, imbu de son importance. Pour rester en vie, le militarisme a constamment besoin d��nergie suppl�mentaire; c�est pourquoi il cherchera toujours un ennemi ou, s�il en manque, il en cr�era un artificiellement. Dans ses objectifs et ses m�thodes civilis�s, il est soutenu par l��tat, prot�g� par les lois, entretenu par les parents et les enseignants, et glorifi� par l�opinion publique. En d�autres termes, la fonction du militarisme est de tuer. Il ne peut vivre que gr�ce au meurtre.

Mais la pr�paration militaire conduit in�vitablement � la guerre pour une autre raison, encore plus fondamentale. Elle encourage la cr�ation de groupes d�int�r�ts, qui travaillent consciemment et d�lib�r�ment � augmenter la production d�armements et � entretenir une hyst�rie belliciste. Ce lobby inclut tous ceux qui sont engag�s dans la fabrication et la vente de munitions et d��quipements militaires en vue d�accumuler gains et profits personnels. Prenons par exemple le cas de la famille Krupp, qui poss�de la plus grande usine de munitions du monde ; sa sinistre influence en Allemagne et dans beaucoup d�autres pays s��tend � la presse, aux �coles, aux �glises et aux hommes d��tat charg�s des plus hautes responsabilit�s. Peu avant la guerre, Karl Liebknecht, le seul homme politique courageux en Allemagne aujourd�hui, attira l�attention du Reichstag : la famille Krupp payait les services de fonctionnaires occupant des fonctions militaires tr�s �lev�es, non seulement en Allemagne mais en France et dans d�autres pays. Partout ses �missaires s�activaient, et ils attisaient syst�matiquement les haines et les antagonismes nationaux. Liebknecht a ainsi d�masqu� un trust international sp�cialis� dans la fabrication d�armements. Ce trust se moque compl�tement du patriotisme, de l�amour du peuple, mais utilise ces deux sentiments pour inciter � la guerre et empocher des millions de profits dans le cadre de ce terrible march�.

Il n�est pas du tout impossible que les historiens de la guerre actuelle d�couvrent un jour que ce trust international du meurtre est � l�origine du conflit mondial en cours. Mais faut-il toujours que chaque g�n�ration traverse des oc�ans de sang et �difie des montagnes de cadavres pour que la g�n�ration suivante en tire quelques le�ons? Ne pouvons-nous pas, d�s aujourd�hui, en profiter pour d�voiler la cause qui a conduit � la guerre europ�enne? C�est la pr�paration militaire qui est la cause de la guerre, au terme d�une pr�paration approfondie et efficace de la part de l�Allemagne et d�autres pays qui ont cherch� � renforcer leurs arm�es et � en tirer des profits mat�riels ? La pr�paration militaire en Am�rique doit conduire et conduira au m�me r�sultat, � la m�me barbarie, au m�me sacrifice absurde de la vie. Si l�Am�rique emprunte ce chemin, cela ne profitera-t-il pas uniquement aux Krupp am�ricains, aux cliques militaires am�ricaines ? Cela semble vraisemblable lorsque l�on entend les cris chauvins de la presse, les tirades tonitruantes de Roosevelt, le baratin sentimental de notre universitaire-pr�sident.

Raison de plus, pour ceux qui aiment encore la libert� et l�humanit�, de protester contre ce crime gigantesque, contre les atrocit�s qui se pr�parent aujourd�hui et sont impos�es au peuple am�ricain. Il ne suffit pas de se pr�tendre neutre ; une neutralit� qui verse des larmes de crocodile d�un �il et garde l�autre �il riv� sur les profits qu�il tirera des fournitures militaires et des emprunts de guerre, une telle neutralit� est une escroquerie, elle ne sert qu�� couvrir d�un manteau hypocrite les crimes des autres pays. Il ne suffit pas de se joindre aux pacifistes bourgeois, qui proclament la paix entre les nations tout en contribuant � perp�tuer la guerre entre les classes, guerre qui, en r�alit�, sous-tend toutes les autres guerres.

C�est sur cette guerre des classes que nous devons nous concentrer. Nous devons d�noncer les fausses valeurs, les institutions malfaisantes et toutes les atrocit�s commises par la soci�t� bourgeoise. Ceux qui sont conscients de la n�cessit� vitale de participer � de grandes luttes doivent s�opposer � la pr�paration militaire impos�e par l��tat et le capitalisme pour la destruction des masses. Ils doivent inciter les masses � renverser � la fois le capitalisme et l��tat. Une pr�paration syndicale et sociale, voil� ce dont les travailleurs ont besoin. Cela seul m�ne � la r�volution de la base contre la destruction de masse planifi�e par les �lites. Cela seul renforce le v�ritable internationalisme du mouvement ouvrier contre les empereurs, les rois, les diplomates, les cliques et bureaucraties militaires. Seule cette pr�paration donnera au peuple le moyen de sortir les enfants des taudis, des ateliers insalubres et des filatures de coton. Seule cette pr�paration leur permettra d�inculquer � la nouvelle g�n�ration un id�al de fraternit�, de leur apprendre � jouer, � chanter et � appr�cier la beaut�, � �lever des gar�ons et des filles qui deviendront des adultes libres � pas des automates. Seule cette pr�paration permettra aux femmes d��tre les vraies m�res de l�humanit�, aux hommes et aux femmes de se montrer cr�atifs pour la race humaine et non de devenir des soldats qui la d�truisent. Seule cette pr�paration conduira � la libert� �conomique et sociale, et en mettre un terme � toutes les guerres, tous les crimes et toutes les injustices.




Emma Goldman
Notes du traducteur

1. Ligues navales (ou Navy League).Fond�e en 1902, avec les encouragements du pr�sident Theodore Roosevelt, la Navy League existe toujours et compte actuellement 75000 membres. Le r�le de cette association de bons patriotes est �d��duquer�leurs concitoyens et de �soutenir le personnel de la Marine�,qui regroupe aussi le corps des Marines, les Gardes-c�tes et la marine marchande.
2. Soci�t� pour l�am�ricanisation: association de b�n�voles (ou programme financ� par le gouvernement f�d�ral) enseignant les �valeurs fondamentales�de l�Am�rique aux immigr�s d�sirant obtenir la nationalit� am�ricaine. Cours d�anglais, d�histoire du pays et de ses institutions, mais aussi cours de cuisine, conseil pour l��ducation des enfants, etc. Ce mouvement assez puissant avant et pendant la Premi�re Guerre mondiale ne r�sista pas aux lois limitant l�immigration et � la mont�e de la x�nophobie au d�but des ann�es 1920.
3. Thomas Woodrow Wilson (1856-1924). Avocat, professeur de science politique, gouverneur du New Jersey en 1911, pr�sident (d�mocrate) �lu en 1912 et r��lu en 1916. En partie � l�origine de la Soci�t� des Nations (l�anc�tre de l�ONU actuel) dont il imposa la cr�ation apr�s la Premi�re Guerre mondiale en mena�ant de conclure une paix s�par�e avec l�Allemagne. Comme quoi, les probl�mes entre la �vieille Europe�et les Etats-Unis ne datent pas d�hier. Il est cocasse que, dans les dictionnaires et les livres d�histoire, Wilson soit toujours pr�sent� comme un grand �anticolonialiste�: en effet, il envoya l�arm�e am�ricaine � trois reprises contre les peuples ha�tien, dominicain et mexicain lorsqu�il �tait pr�sident des Etats-Unis.
4. Filles de la R�volution Am�ricaine: association patriotique et snob cr��e en 1891. R�serv�e aux descendants des soldats ou des civils ayant particip� � la lutte pour l�ind�pendance am�ricaine. Dans les ann�es 1980, cette organisation regroupait encore 200 000 membres.
5. Henry David Thoreau (1817-1862). �crivain qui, au nom de l�individualisme, s�opposait � toute contrainte abusive de la communaut�. Il passa une nuit en prison pour avoir refus� de payer ses imp�ts car il s�opposait � la guerre contre le Mexique Consid�r� comme un des pr�curseurs de la non-violence par Gandhi et Luther King, il d�fendit le raid de John Brown et ses partisans contre l�arsenal de Harpers Ferry en vue de distribuer des armes aux esclaves noirs. Penseur inclassable, ses textes peuvent �tre utilis�s aussi bien par les �cologistes, les milices patriotiques d�extr�me droite ou les anarchistes qui oublient qu�il �crivit un jour: �N�anmoins, pour m�exprimer de fa�on concr�te, en citoyen et non � la fa�on de ceux qui se proclament hostiles � toute forme de gouvernement, je ne r�clame pas sur-le-champ sa disparition mais son am�lioration imm�diate. � (N.d.T)
6. Treitschke (1834-1896). Historien et �crivain politique allemand r�actionnaire. D�put� au Reichstag. Partisan de l�unit� allemande sous la coupe de la Prusse, il consid�rait l�Allemagne comme la v�ritable h�riti�re du Saint Empire Romain germanique et pensait que son pays devait devenir une grande puissance imp�rialiste dot�e d�un Etat fort, dirig� par une �lite qui ne soit pas paralys�e par un Parlement pusillanime.
7. Bernhardi, Friedrich von (1849-1930). G�n�ral allemand et auteur de deux ouvrages aux titres proph�tiques: L�Allemagne et la prochaine guerre(1912) et Notre avenir(1913).
8. Samuel Gompers (1850-1924). A l�origine de l�American Federation of Labor,syndicat fond� sur les m�tiers et qui s�adresse aux ouvriers qualifi�s. Pr�nait la collaboration avec le patronat en vue d�obtenir de �bons�contrats collectifs. Soutint Wilson pendant la Premi�re Guerre mondiale.
9. Le 20 avril 1914, 20 hommes, femmes et enfants furent assassin�s � Ludlow, Colorado. Les mineurs de cet Etat et d�autres �tats de l�Ouest essayaient d�adh�rer � l�UMWA (syndicat des mineurs) depuis plusieurs ann�es. En gr�ve, ils furent expuls�s des maisons qu�ils louaient � la soci�t� mini�re. Les mineurs en lutte et leurs familles dormaient donc sous des tentes plant�es sur un terrain communal. Un groupe form� de miliciens, de gardiens de la soci�t� mini�re et d�hommes de main engag�s au titre de d�tectives priv�s et de briseurs de gr�ve jet�rent du k�ros�ne sur les tentes, y mirent le feu et tir�rent sur ceux qui s��chappaient en se servant d�une auto-mitrailleuse blind�e. Le jour du massacre, � 10 heures du matin, les mineurs c�l�braient la P�ques orthodoxe � raison pour laquelle Emma Goldman fait allusion au �bon accueil�que re�oivent les immigr�s (sans doute grecs, dans ce cas) en Am�rique. Aucun des responsables du massacre ne fut jamais condamn�, mais par contre de nombreux mineurs et militants syndicaux furent emprisonn�s et licenci�s.
10. Lusitania : paquebot coul� par les Allemands. 1100 personnes p�rirent dont 128 Am�ricains mais Wilson ne d�clara pas pour autant la guerre � l�Allemagne.




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