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Post� le samedi 18 juin 2005 @ 21:04:13 by AnarchOi Contributed by: AnarchOi
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Publications des �TEMPS NOUVEAUX� � N� 59 � 1912
Extrait de La Science Moderne et l'Anarchie
Pour para�tre en octobre
chez Stock, 155 rue Saint Saint-Honor�
I
D�j� en 1882, lorsque l'Angleterre, l'Allemagne, l'Autriche et la Roumanie, profitant de l'isolement de la France, s'�taient ligu�es contre la Russie et qu'une guerre europ�enne terrible �tait sur le point d'�clater, nous montrions dans LeR�volt�,quels �taient les vrais motifs des rivalit�s entre �tats et des guerres qui en r�sulteraient.
Ce sont toujours des rivalit�s pour des march�s et pour le droit � l'exploitation des nations arri�r�es en industrie, qui sont la cause des guerres modernes. On ne se bat plus en Europe pour l'honneur des rois. On lance les arm�es les unes contre les autres pour l'int�grit� des revenus de Messieurs les Tr�s-Puissants Rothschild ou Schneider, la Tr�s Honorable Compagnie d'Anzin, ou la Tr�s Sainte Banque Catholique de Rome. Les rois ne comptent plus.
En effet, toutes les guerres que l'on a eues en Europe depuis cent cinquante ans furent des guerres pour des int�r�ts de commerce, des droits � l'exploitation.
Vers la fin du dix-huiti�me si�cle, la grande industrie et le commerce mondial, appuy� sur des colonies en Am�rique (le Canada) et en Asie (dans les Indes) et une marine de guerre, commen�aient � se d�velopper en France. Alors l'Angleterre qui avait d�j� �cras� ses concurrents en Espagne et en Hollande, tenant � retenir pour elle le monopole du commerce maritime, de la puissance sur les mers et des riches colonies dans les Indes, � afin de pouvoir s'enrichir, par l'�coulement monopolis� des produits de son industrie, � profita de la r�volution en France pour commencer contre elle toute une s�rie de guerres. Se voyant assez riche pour payer les arm�es de la Prusse, de l'Autriche et de la Russie, elle fit � la France une succession de guerres terribles, d�sastreuses pendant un quart de si�cle. La France dut se saigner � blanc pour soutenir ces guerres ; et ce ne fut qu'� ce prix qu'elle parvint � maintenir son droit de rester une �grande puissance�. C'est-�-dire, elle retint le droit de ne pas se soumettre � toutes les conditions que les monopolistes anglais voulaient lui imposer dans l'int�r�t de leur commerce ; et elle retint le droit d'avoir une marine et des ports militaires. Frustr�e dans ses plans d'expansion coloniale dans l'Am�rique du Nord (elle avait perdu le Canada) et dans les Indes (elle dut y abandonner ses colonies), elle obtint la permission en retour de se cr�er un empire colonial en Afrique (� condition de ne pas toucher � l'�gypte), et d'enrichir ses monopolistes en pillant les Arabes en Alg�rie.
Plus tard, dans la seconde moiti� du dix-neuvi�me si�cle, ce fut le tour de l'Allemagne. Lorsque le servage y fut aboli � la suite des soul�vements de 1848, et que l'abolition de la propri�t� communale for�a les jeunes paysans � quitter en masse les campagnes pour les villes, o� ils offraient leurs �bras inoccup�s� aux entrepreneurs d'industrie pour des salaires de meurt-la-faim, � la grande industrie prit son essor dans divers �tats allemands. Les industriels allemands comprirent bient�t que si l'on donnait au peuple une bonne �ducation r�aliste, ils pourraient rapidement rattraper les pays de grande industrie, comme la France et l'Angleterre, � � la condition, bien entendu, de procurer � l'Allemagne des d�bouch�s avantageux en dehors de ses fronti�res. Ils savaient ce que Proudhon avait si bien d�montr� : que l'industriel ne parvient � s�rieusement s'enrichir que si une bonne partie de ses produits est export�e dans des pays o� ils peuvent �tre vendus � des prix auxquels ils ne pourraient jamais arriver dans le pays d'origine.
Alors dans toutes les couches sociales de l'Allemagne, celle des exploit�s, aussi bien que des exploiteurs, � ce fut un d�sir passionn� d'unifier l'Allemagne � tout prix : d'en faire un puissant Empire qui serait capable de maintenir une immense arm�e, une forte marine, et conqu�rir des ports dans la mer du Nord, dans l'Adriatique, et � un jour � en Afrique et en Orient. Un empire qui pourrait dicter la loi �conomique en Europe.
Pour cela, il fallait �videmment, briser la force de la France, qui s'y opposerait sans doute et qui, alors, avait ou semblait avoir la force de l'emp�cher.
De l� � la guerre terrible de 1870, avec toutes ses tristes cons�quences pour le progr�s universel, que nous subissons jusqu'� ce jour.
Par cette guerre et cette victoire remport�e sur la France, un empire Allemand, ce r�ve des radicaux, des socialistes et des conservateurs allemands depuis 1848, fut enfin constitu�, et il fit bient�t sentir et reconna�tre sa puissance politique et son droit de dicter la loi en Europe.
Bient�t l'Allemagne, entrant dans une p�riode frappante d'activit� juv�nile parvint, en effet, � doubler, tripler, d�cupler sa productivit� industrielle, et en ce moment le bourgeois allemand convoite de nouvelles sources d'enrichissement un peu partout : dans les plaines de la Pologne, dans les prairies de la Hongrie, sur les plateaux de l'Afrique et surtout autour de la ligne de Bagdad, � dans les riches vall�es de l'Asie Mineure, qui offriront aux capitalistes allemands une population laborieuse � exploiter, sous un des plus beaux ciels du monde.
C'est donc des ports d'exportation et surtout des ports militaires, dans l'Adriatique m�diterran�enne et dans celle de l'Oc�an Indien � le golfe persan � ainsi que sur la c�te africaine � Be�ra et, plus tard, dans l'Oc�an Pacifique, que cherchent maintenant � conqu�rir les brasseurs d'affaires coloniales allemands et leur fid�le serviteur � l'Empire germanique.
Mais partout, ces nouveaux conqu�rants rencontrent un rival formidable, l'Anglais, qui leur barre le chemin.
Jalouse de garder sa supr�matie sur les mers, jalouse surtout de retenir ses colonies pour l'exploitation par ses monopolistes ; effarouch�e par les succ�s de la politique coloniale de l'Empire Allemand et le rapide d�veloppement de sa marine de guerre, l'Angleterre redouble d'efforts pour avoir une flotte capable d'�craser � coup s�r la flotte allemande. Elle cherche aussi partout des alli�s pour affaiblir la puissance militaire de l'Allemagne sur terre. Et lorsque la presse anglaise s�me l'alarme et �pouvante la nation en feignant de craindre une invasion allemande, elle sait tr�s bien que le danger n'est pas l�. Ce qu'il lui faut, c'est de pouvoir lancer l'arm�e r�guli�re anglaise, l� o� l'Allemagne attaquerait quelque colonie de l'Empire Britannique (l'�gypte, par exemple) ; apr�s s'�tre mise d'accord pour cela avec la Turquie, et de retenir � la maison une forte arm�e �territoriale� qui puisse, au besoin, noyer dans le sang toute r�volte ouvri�re. C'est pour cela, surtout, que l'on enseigne l'art militaire � la jeunesse bourgeoise, group� en escouades d'�claireurs (Scouts).
La bourgeoisie anglaise veut faire aujourd'hui, avec l'Allemagne, ce qu'elle fit � deux reprises pour arr�ter pour cinquante ans ou plus, le d�veloppement de la Russie comme puissance maritime : une fois en 1855 avec l'aide de la France et de la Turquie, et une autre fois, en 1900, en lan�ant le Japon contre la flotte russe et son port militaire dans le Pacifique.
Ce qui fait que nous vivons depuis deux ann�es sur le qui-vive, en pr�vision d'une guerre colossale europ�enne qui peut �clater du jour au lendemain.
En outre, il ne faut pas oublier que la vague industrielle, en marchant de l'occident vers l'orient, a aussi envahi l'Italie, l'Autriche, la Russie. Et ces �tats viennent affirmer � leur tour leur �droit� � le droit de leurs monopolistes et de leurs privil�gi�s � � la cur�e en Afrique et en Asie.
Le brigandage russe en Perse, le brigandage italien contre les Arabes du d�sert � Tripoli et le brigandage fran�ais au Maroc en sont la cons�quence.
Le consortiumde brigands, au service des monopolistes a �permis� � la France de s'emparer du Maroc, comme il a permis aux Anglais de saisir l'�gypte. Il a �permis� aux Italiens de s'emparer d'une partie de l'Empire ottoman, pour emp�cher qu'il ne soit saisi par l'Allemagne ; et il a permis � la Russie de saisir la Perse septentrionale, afin que les Anglais puissent s'emparer d'un bon morceau sur les bords du Golfe Persan, avant que le chemin de fer allemand n'y soit arriv� !
Et pour cela les Italiens massacrent ignoblement les Arabes inoffensifs et les sicaires du Tzar pendent les patriotes persans qui voulaient r�g�n�rer leur patrie par un peu de libert� politique.
Quels gredins que ces �honn�tes gens� !
II
La Haute Finance
Nous avons vu comment tous les �tats, d�s lors que la grande industrie se d�veloppe dans la nation, sont amen�s � chercher la guerre. Ils y sont pouss�s par leurs industriels, et m�me par les travailleurs, pour conqu�rir de nouveaux march�s � de nouvelles sources de facile enrichissement.
S'il n'y avait que cela ! Mais aujourd'hui il y a dans chaque �tat une classe � une clique plut�t, � infiniment plus puissante encore que les entrepreneurs d'industrie et qui, elle aussi pousse � la guerre. C'est la haute finance, les gros banquiers qui interviennent dans les rapports internationaux et qui fomentent les guerres.
Cela se fait aujourd'hui d'une mani�re tr�s simple.
Vers la fin du moyen �ge la plupart des grandes cit�s-r�publiques de l'Italie, avait fini par s'endetter. Lorsqu'elles furent entr�es dans la p�riode de d�cadence, � force de vouloir conqu�rir de riches march�s en Orient, et que cette conqu�te des march�s amena des guerres sans fin entre les cit�s-r�publiques, ces cit�s arriv�rent � contracter des dettes immenses envers leurs propres guildes, de gros marchands.
Un m�me ph�nom�ne se produit aujourd'hui pour les �tats, auxquels des syndicats de banquiers pr�tent tr�s volontiers, afin de prendre un jour hypoth�que sur leurs revenus.
C'est surtout, cela se comprend, avec les petits �tats que cela se pratique. Les banquiers leur pr�tent � 7, 8, 10 pour cent, sachant qu'ils ne �r�aliseront� l'emprunt qu'� 80 ou 70 pour cent. Ce qui fait que, d�duction faite des �commissions� des banques et des interm�diaires, � qui se montent de 10 � 20, et quelquefois jusqu'� 30 pour cent, � l'�tat ne re�oit pas m�me les trois quarts des sommes qu'il inscrit � son grand-livre.
Sur ces sommes, grossies de la sorte, l'�tat endett� doit payer d�sormais l'int�r�t et l'amortissement. Et lorsqu'il ne le fait pas au terme d�, les banquiers ne demandent pas mieux que d'ajouter les arri�r�s de l'int�r�t et de l'amortissement au principal de l'emprunt. Plus les finances de l'�tat d�biteur vont mal, plus insens�es sont les d�penses de ses chefs � et plus volontiers on lui offre de nouveaux emprunts. Apr�s quoi les banquiers s'�rigent un jour en �consortium� pour mettre la main sur tels imp�ts, telles douanes, telles lignes de chemin de fer.
C'est ainsi que les gros financiers ont ruin� et plus tard fait annexer l'�gypte par l'Angleterre. Plus les d�penses du kh�dive �taient folles, plus on les encourageait. C'�tait l'annexion � petites doses.
C'est encore de la m�me fa�on qu'on ruina la Turquie, pour lui enlever peu � peu ses provinces. Ce fut aussi la m�me chose, nous dit-on, pour la Gr�ce, qu'un groupe de financiers poussa � la guerre contre la Turquie, pour s'emparer ensuite d'une partie des revenus de la Gr�ce vaincue.
Et c'est ainsi que la haute finance de l'Angleterre et des Etats-Unis exploita la Japon, avant et pendant ses deux guerres contre la Chine et la Russie.
Bref, il y a dans les �tats pr�teurs toute une organisation, dans laquelle gouvernants, banquiers, promoteurs de compagnies, brasseurs d'affaires et toute la gent interlope que Zola a si bien d�crite dans L'Argent,se pr�tent la main pour exploiter des �tats entiers.
L� o� les na�fs croient d�couvrir de profondes causes politiques, ou bien des haines nationales, il n'y a que les complots tram�s par les flibustiers de la finance. Ceux-ci exploitent tout : rivalit�s politiques et �conomiques, inimiti�s nationales, traditions diplomatiques et conflits religieux.
Dans toutes les guerres de ce dernier quart de si�cle, on trouve la main de la haute finance. La conqu�te de l'�gypte, l'annexion de Tripoli, l'occupation du Maroc, le partage de la Perse, les guerres du Japon � partout on retrouve les grandes banques ; � partout la haute finance a eu la voix d�cisive. Et si jusqu'� ce jour la grande guerre europ�enne n'a pas encore �clat�, c'est que la haute finance h�site encore. Elle ne sait pas trop de quel c�t� penchera la balance des milliards qui seront mis en jeu ; elle ne sait pas sur quel cheval mettre ses milliards.
Quant aux centaines de mille vies humaines que co�tera la guerre, � qu'est-ce que la finance � y voir ! L'esprit du financier raisonne par millions, � par colonnes de chiffres qui se balancent mutuellement. Le reste n'est pas de son domaine : il ne poss�de m�me pas l'imagination n�cessaire pour faire intervenir les vies humaines dans ses raisonnements.
Quel monde ignoble � d�voiler, si quelqu'un se donnait seulement la peine d'�tudier les coulisses de la haute p�gre de la finance ! On le devine, rien que par le tout petit coin de voile soulev� par �Lysis� dans ses articles de La Revue(parus en 1908 en volume sous ce titre : Contre l'oligarchie financi�re en France).
On voit, en effet, par ce petit travail, comment quatre ou cinq banques, � le Cr�dit Lyonnais, la Soci�t� G�n�rale, le Comptoir National d'Escompte et le Cr�dit Industriel et Commercial, � poss�dent en France le monopole absolu des grandes op�rations financi�res.
La plus grande partie � pr�s des huit dixi�mes de l'�pargne fran�aise, qui se monte chaque ann�e � peu pr�s � deux milliards, est vers�e dans ces grandes banques ; et lorsque les �tats �trangers, grands et petits, les compagnies de chemins de fer, les villes, les compagnies industrielles des cinq parties du monde se pr�sentent � Paris pour faire un emprunt, c'est � ces quatre ou cinq banques qu'ils s'adressent. Ces banques ont le monopole des emprunts �trangers et disposent du m�canisme n�cessaire pour les faire mousser.
Il est �vident que ce n'est pas le talent des directeurs de ces banques qui cr�a pour elles cette situation lucrative. C'est l'�tat, � le gouvernement fran�ais d'abord, qui donna � ces banques sa garantie et constitua pour elles une situation privil�gi�e qui devint bient�t un monopole. Et puis ce sont les autres �tats, les �tats emprunteurs qui renforc�rent ce monopole. Ainsi le Cr�dit Lyonnais, qui monopolise les emprunts russes, doit cette situation privil�gi�e aux agents financiers et aux minist�res des finances du gouvernement russe.
Les affaires brass�es par ces quatre ou cinq Soci�t�s se chiffrent par milliards. Ainsi, en deux ann�es, 1906 et 1907, elles distribu�rent en emprunts divers sept milliards et demi, � 7.500 millions, dont 5.500 en emprunts �trangers (Lysis, p. 101). Et quand on apprend que la �commission� de ces compagnies lorsqu'elles organisent les emprunts �trangers est de 5 pour cent pour le �syndicat d'apporteurs� (ceux qui �apportent� de nouveaux emprunts), 5 pour cent pour le syndicat de la garantie, et de 7 � 10 pour cent pour le syndicat ou plut�t le trust des quatre ou cinq Soci�t�s que nous venons de nommer, � on voit quelles sommes immenses vont � ces monopolistes.
Ainsi, un seul interm�diaire qui �apporta� l'emprunt de 1.250 millions conclu par le gouvernement russe en 1906, pour �craser la r�volution, toucha, de ce fait, une commission de douze millions !
On comprend ainsi quelle influence occulte les grands directeurs de ces Soci�t�s financi�res exercent sur la politique internationale. Avec leur comptabilit� myst�rieuse, avec les pleins pouvoirs que certains directeurs exigent et obtiennent des actionnaires � car il faut bien le discr�tion quand on paie 1,2 millions � M. Un Tel, 250.000 francs � tel ministre, et tant de millions, en plus des d�corations, � la presse ! Il n'y a pas, dit �Lysis�, un seul grand journal en France qui ne soit pas pay� par les banques. Cela se comprend. On devine ais�ment ce qu'il fallu distribuer d'argent � la presse, lorsqu'on pr�parait dans les ann�es 1906 et 1907, la s�rie d'emprunts russes (d'�tat, des chemins de fer, des banques fonci�res). Ce qu'il y eut de plumitifs qui mang�rent gras avec ces emprunts, � on le voit par le livre de �Lysis�. Quelle aubaine, en effet ! Le gouvernement d'un grand �tat aux abois ! Une r�volution � �craser ! Cela ne se rencontre pas tous les jours !
Eh bien ! tout le monde sait cela, plus ou moins. Il n'y a pas un seul homme politique qui ne connaisse les dessous de tous ces tripotages, et qui n'entende nommer � Paris les femmes et les hommes qui ont �touch� les grosses sommes apr�s chaque emprunt, grand ou petit, russe ou br�silien.
Et chacun, s'il a la moindre connaissance des affaires, sait aussi parfaitement combien toute cette organisation de la haute finance est un produit de l'�tat, � un attribut essentiel de l'�tat.
Et ce serait cet �tat, � l'�tat dont on se garde bien de diminuer les pouvoirs ou de r�duire les attributions, � qui dans la pens�e des r�formateurs �tatistes, devrait devenir l'instrument d'affranchissement des masses ?! Allons donc !
Que ce soit par b�tise, ou ignorance, ou fourberie de l'affirmer, � toutes les trois explications sont impardonnables.
III
La Guerre et l'Industrie
Descendons maintenant un degr� plus bas, et voyons comment l'�tat a cr�� dans l'industrie moderne toute une classe de gens directement int�ress�s � faire des nations des camps militaires, pr�ts � se ruer les uns sur les autres.
En ce moment, il existe en effet, des industries immenses qui occupent des millions d'hommes, et qui n'existent que pour pr�parer le mat�riel de guerre ; ce qui fait que les propri�taires de ces usines et leurs bailleurs de fond ont tout int�r�t � pr�parer des guerres et � maintenir la crainte des guerres pr�tes � �clater.
Il ne s'agit pas ici de menu fretin, � des fabricants d'armes � feu de mauvaise qualit�, de sabres � bon march�, et de revolvers qui ratent tout le temps, comme on en a � Birmingham, � Li�ge, etc. Ceux-ci ne comptent presque plus, quoique le commerce de ces armes, fait par les exportateurs qui sp�culent sur les guerres �coloniales�, soit d�j� d'une certaine importance. Ainsi, on sait que des marchands anglais approvisionnaient d'armes les Matab�l�s, alors que ceux-ci se pr�paraient � se soulever contre les Anglais qui leur imposaient le servage. Plus tard, ce furent des fabricants fran�ais, et m�me des fabricants anglais tr�s connus, qui firent des fortunes en envoyant des armes, des canons et des munitions aux Bo�rs. Et en ce moment m�me on parle de quantit�s d'armes import�es par les marchands anglais en Arabie, � ce qui am�nera des soul�vements de tribus, le pillage de quelques marchands et � l'intervention anglaise, pour �r�tablir l'ordre� et faire quelque nouvelle �annexion�.
Ces faits, d'ailleurs, ne comptent plus. On sait bien ce que vaut le �patriotisme� bourgeois, et l'on a vu r�cemment des faits bien plus graves. Ainsi, pendant la derni�re guerre entre la Russie et le Japon, l'or anglais approvisionnait les Japonais, pour qu'ils d�truisissent le pouvoir maritime naissant de la Russie dans l'Oc�an Pacifique, dont l'Angleterre prenait ombrage. Mais, d'autre part, les compagnies houill�res anglaises vendaient � un tr�s haut prix 300.000 tonnes de charbon � la Russie pour lui permettre d'envoyer en Orient la flotte de Rojdestvensky. D'une pierre on faisait deux coups : les compagnies du Pays de Galles faisaient une belle affaire, et les financiers de Lombard Street (le centre des op�rations financi�res de Londres) pla�aient leur argent � neuf ou dix pour cent dans l'emprunt japonais et prenaient hypoth�que sur une bonne partie des revenus de leurs �chers alli�s� !
Et tout cela, ce ne sont que quelques petits faits sur mille autres du m�me genre. On en saurait de belles sur tout ce monde de nos gouvernants, si les bourgeois ne savaient pas bien tenir leurs secrets ! � Passons donc � une autre cat�gorie de faits.
On sait que tous les grands �tats ont favoris� la cr�ation, � c�t� de leurs arsenaux, d'immenses usines priv�es qui fabriquent des canons, des blindages de cuirass�s, des vaisseaux de guerre de moindres dimensions, des obus, de la poudre, etc. Des sommes immenses furent d�pens�es par tous les �tats pour avoir ces usines auxiliaires, o� l'on trouve aujourd'hui concentr�s les plus habiles ouvriers et ing�nieurs.
Or, il est de toute �vidence, qu'il est de l'int�r�t direct des capitalistes qui ont plac� leurs capitaux dans ces entreprises, de maintenir toujours des bruits de guerre, de pousser sans cesse aux armements, de semer, s'il le faut, la panique. C'est ce qu'ils font en effet.
Et si les probabilit�s d'une guerre europ�enne diminuent � certains moments, si les gouvernants, � quoique int�ress�s eux-m�mes comme actionnaires des grandes usine de ce genre (Anzin, Krupp, Armstrong, etc.), ainsi que des grandes compagnies des chemins de fer, des mines de charbon, etc., � si les gouvernants se font quelquefois tirer l'oreille pour sonner la fanfare guerri�re, n'y a-t-il pas cette grande prostitu�e � la grande presse � pour pr�parer les esprits � de nouvelles guerres, pr�cipiter celles qui sont probables, ou, du moins, forcer les gouvernements � doubler, � tripler leurs armements ? Ainsi n'a-t-on pas vu en Angleterre, pendant les dix ann�es qui pr�c�d�rent la guerre des Bo�rs, la grande presse, et surtout ses adjoints dans la presse illustr�e, pr�parer savamment les esprits � la n�cessit� d'une guerre �pour r�veiller le patriotisme� ? Dans ce but, on fit fl�che de tout bois. On publia � grand fracas des romans sur la prochaine guerre, o� l'on racontait comment les Anglais, battus d'abord, faisaient un supr�me effort et finissaient par d�truire la flotte allemande et s'installer � Rotterdam. Un lord d�pensa des sommes folles pour faire jouer dans toute l'Angleterre, une pi�ce patriotique, trop stupide pour faire ses frais, mais n�cessaire pour ces messieurs qui tripotaient avec Rhodes en Afrique. Oubliant tout, on alla m�me jusqu'� faire revivre le culte � oui, le culte� de l'ennemi jur� de l'Angleterre, Napol�on Ier. Et depuis lors le travail dans cette direction n'a jamais cess�. En 1904, on avait m�me presque tout � fait r�ussi � lancer la France, gouvern�e en ce moment par Clemenceau et Delcass�, dans une guerre contre l'Allemagne � le gouvernement conservateur (lord Lansdowne) ayant fait la promesse d'appuyer les arm�es fran�aises par un corps d'arm�e anglais envoy� en Belgique ! Il se fallut de bien peu � ce moment pour que Delcass�, attachant � cette promesse risible une importance qu'elle n'a certainement pas, ne lan��t la France dans une guerre d�sastreuse.
En g�n�ral, plus nous avan�ons dans notre civilisation bourgeoise �tatiste, plus la presse, cessant d'�tre l'expression de ce qu'on appelle l'opinion publique, s'applique � fabriquer elle-m�me l'opinion par les proc�d�s les plus inf�mes. La presse, dans tous les grands �tats, c'est d�j� deux ou trois syndicats de brasseurs d'affaires financi�res qui font l'opinion qu'il leur faut dans l'int�r�t de leurs entreprises. Les grands journaux leur appartiennent et le reste ne compte pas.
Mais ce n'est pas tout : la gangr�ne est encore plus profonde.
Les guerres modernes, ce n'est plus seulement le massacre de centaines de mille hommes dans chaque bataille, � un massacre dont ceux qui n'ont pas suivi les d�tails des grandes batailles dans la guerre de Mandchourie et les atroces d�tails du si�ge et de la d�fense de Port-Arthur, n'ont absolument aucune id�e. Et cependant, les trois grandes batailles historiques, Gravelotte, Potomack et Borodino (de la Moskowa), qui dur�rent chacune trois jours, et dans lesquelles il y eut cent mille homme bless�s et tu�s des deux c�t�s, c'�taient des jeux d'enfants en comparaison des guerres modernes. Les grandes batailles se font aujourd'hui sur un front de cinquante, soixante kilom�tres ; elles durent non plus trois jours, mais sept jours (Liao-Yang), dix jours (Moukden), et les pertes sont de cent cinquante mille hommes de chaque c�t�.Les ravages faits par les obus, lanc�s avec pr�cision par des batteries plac�es � cinq, six, sept kilom�tres, et dont on ne peut m�me pas d�couvrir la position, gr�ce � la poudre sans fum�e, sont inou�s. Lorsque le feu de plusieurs cents bouches � feu est concentr� sur un carr� d'un kilom�tre de c�t� (comme on le fait aujourd'hui), il ne reste pas un espace de dix m�tres carr�s qui n'ait re�u son obus, pas un buisson qui n'ait �t� ras� par les monstres hurlants envoy�s on ne sait d'o�. La folie s'empare des soldats, apr�s sept ou huit jours de ce feu terrible, et lorsque les colonnes des assaillants arrivent jusqu'aux tranch�es ennemies, alors la lutte s'engage corps � corps entre les combattants. Apr�s s'�tre lanc� mutuellement des grenades � la main et des morceaux de pyroxiline (deux morceaux de pyroxiline, li�s entre eux par une ficelle �taient employ�s comme une fronde), les soldats russes et japonais se roulaient dans les tranch�es de Port-Arthur comme des b�tes f�roces, se frappant de la crosse du fusil, du couteau, des dents...
Les travailleurs occidentaux ne se doutent m�me pas de ce terrible retour � la plus affreuse sauvagerie que repr�sente la guerre moderne, et les bourgeois qui le savent se gardent bien de le leur dire.
Mais les guerres modernes, ce n'est seulement le massacre, la folie du massacre, le retour, pendant la guerre, � la sauvagerie. C'est aussi la destruction sur une �chelle colossale, du travail humain ; et les effets de cette destruction, nous les ressentons parmi nous continuellement, en temps de paix,par un accroissement de la mis�re parmi les pauvres, l'enrichissement parall�le des riches.
Chaque guerre, c'est la destruction d'un formidable mat�riel, qui comprend non seulement le mat�riel de guerre proprement dit, mais aussi les choses les plus n�cessaires pour la vie de tous les jours, de toute la soci�t� : le pain, les viandes, les l�gumes, les denr�es de toute sorte, les b�tes de trait, le cuir, le charbon, les m�taux, les v�tements. Tout cela repr�sente le travail utile de millions d'hommes pendant des dizaines d'ann�es, et tout cela sera gaspill�, br�l�, jet� � l'eau en quelques mois. Mais c'est d�j� gaspill� aujourd'hui m�me, en pr�vision des guerres.
Et comme ce mat�riel de guerre, ces m�taux, ces provisions doivent �tre pr�par�s � l'avance, la simple possibilit� prochaine d'une nouvelle guerre am�ne dans toutes nos industries les soubresauts et des crises qui nous atteignent tous. Vous, moi, chacun de nous en ressentons les effets dans les moindres d�tails de notre vie. Le pain que nous mangeons, le charbon que nous br�lons, le billet de chemin de fer que nous achetons, leur prix, le prix de chaque chose, d�pendent des bruits, des probabilit�s de guerre � courte �ch�ance, propag�s par les sp�culateurs.
IV
Nous avons montr� comment la n�cessit� de pr�parer � l'avance un formidable mat�riel de guerre et des amas de provisions de toutes sortes qui allaient �tre d�truites en quelques mois de guerre, produirait dans toutes les industries des soubresauts et des crises dont chacun de nous, et surtout les salari�s, se ressentaient d'une fa�on terrible. En effet, on a pu s'apercevoir tr�s bien r�cemment aux Etats-Unis.
On se souvient sans doute de la terrible crise industrielle qui ravagea les Etats-Unis pendant ces trois ou quatre derni�res ann�es. En partie, elle dure encore. Eh bien ! l'origine de cette crise, � quoi qu'en aient dit les �savants� �conomistes qui connaissent les �crits de leurs pr�d�cesseurs, mais ignorent la vie r�elle, � la vraie origine de cette crise fut dans la production outr�e des principales industries qui se fit pendant quelques ann�es en pr�vision d'une guerre entre les grandes puissances de l'Europe, et d'une autre guerre entre les etats-Unis et le Japon. Ceux qui poussaient � ces guerres savaient tr�s bien l'effet que la pr�vision de ces conflits exercerait sur les industries am�ricaines. Ce fut, en effet, pendant deux ou trois ans, une activit� fi�vreuse dans la m�tallurgie, les charbonnages, la fabrication du mat�riel des chemins de fer, des mat�riaux pour le v�tement, des conserves alimentaires.
L'extraction du minerai de fer et la fabrication de l'acier aux Etats-Unis attinrent, pendant ces ann�es, des proportions tout � fait inattendues. C'est surtout de l'acier que l'on consomme pendant les guerres modernes, et les Etats-Unis en faisaient des provisions fantastiques, ainsi que des m�taux, comme le nickel et la mangan�se, requis pour fabriquer les sortes d'acier n�cessaires pour le mat�riel de guerre. C'�tait � qui sp�culerait le mieux sur les provisions de fonte, d'acier, de cuivre, de plomb et de nickel.
Il en fut de m�me pour les provisions de bl�, les conserves de viande, de poisson, de l�gumes. Les cotonnades, les draps, les cuirs suivaient de pr�s. Et, puisque chaque grande industrie fait vivre � c�t� d'elle une quantit� de petites, la fi�vre d'une production surpassant de beaucoup la demande se r�pandait. Les pr�teurs d'argent (ou plut�t de cr�dit), qui alimentaient cette production, profitaient de la fi�vre � cela va sans dire � plus encore que les chefs d'industrie.
Et alors, d'un coup, tout s'arr�ta soudain, sans qu'on p�t invoquer une seule des causes auxquelles on avait attribu� les crises pr�c�dentes. Le fait est que du jour o� la haute finance europ�enne se persuada que le Japon, ruin� par la guerre en Mandchourie, n'oserait pas attaquer les Etats-Unis, et qu'aucune des nations europ�ennes, ne se sentait assez s�re de la victoire pour d�gainer, les capitalistes europ�ens refus�rent de nouveaux cr�dits aux pr�teurs am�ricains qui alimentaient la surproduction en pr�vision de la guerre, ainsi qu'aux �nationalistes� japonais.
�Plus de guerre � courte �ch�ance !� � et les usines d'acier, les mines de cuivre, les hauts fourneaux, les chantiers de navires, les tanneries, les sp�culateurs sur les denr�es, tous suspendirent soudain leurs op�rations, leurs commandes, leurs achats.
Ce fut alors plus qu'une crise : ce fut un d�sastre ! Des millions d'ouvriers et d'ouvri�res furent jet�s sur le pav� dans la plus affreuse des mis�res. Grandes et petites usines se fermaient, la contagion se r�pandait comme une �pid�mie, en semant l'�pouvante tout autour.
Qui dira jamais les souffrances des millions d'hommes, femmes et enfants, les vies bris�es, avec lesquelles furent b�ties les fortunes des gredins qui avaient sp�cul� en pr�vision des monceaux de cadavres humains et de chairs d�chiquet�es qui allaient s'accumuler dans les grandes batailles !
Voil� ce qu'est la guerre, voil� comment l'�tat enrichit les riches, tient les pauvres dans la mis�re, et les rend d'ann�e en ann�e plus asservis aux riches.
Maintenant une crise semblable � celle des Etats-Unis va se produire, selon toute probabilit�, en Europe et surtout en Angleterre, � la suite des m�mes causes.
Tout le monde fut �bahi l'�t� pass� par l'augmentation soudaine et tout � fait impr�vue des exportations anglaises. Rien dans le monde �conomique ne la faisait pr�voir ; aucune explication n'en a �t� donn�e, � pr�cis�ment parce que la seule explication possible c'est que d'immenses commandes venaient du continent en pr�vision d'une guerre entre l'Angleterre et l'Allemagne. Cette guerre manqua d'�clater, on le sait, en juillet pass�, et si elle avait �clat�, la France et la Russie, l'Autriche et l'Italie auraient �t� forc�es d'y prendre part.
Il est �vident que les gros financiers qui alimentaient de leur cr�dit les sp�culateurs sur les denr�es, les draps, les cuirs, les m�taux, etc., avaient �t� avertis de la tournure mena�ante que prenaient les rapports entre les deux rivales. Ils savaient comment les deux gouvernements activaient leurs pr�paratifs militaires, et ils s'empress�rent de faire leurs commandes qui grossirent outre mesure les exportations anglaises de 1911.
Mais c'est aussi � la m�me cause que nous devons cette hausse extraordinaire r�cente des prix de toutes les denr�es sans exception, alors que ni le rendement des r�coltes de l'ann�e pass�e, ni les quantit�s de toutes sortes de marchandises dans les d�p�ts, ne justifiaient cette hausse. Le fait est, d'ailleurs, que la hausse des prix ne se r�pandit pas seulement sur les denr�es : toutesles marchandises en furent atteintes, et la demande grandissait toujours, alors que rien n'expliquait cette demande exag�r�e, si ce n'est les pr�visions de guerre.
Et maintenant, il suffira que les gros sp�culateurs coloniaux de l'Angleterre et de l'Allemagne arrivent � un arrangement concernant leurs parts dans le partage de l'Afrique orientale, � qu'ils s'entendent sur �les sph�res d'influence� en Asie, c'est-�-dire sur les conqu�tes prochaines, pour qu'il se produise en Europe le m�me arr�t soudain des industries que l'on a vu aux Etats-Unis.
Au fond, cet arr�t commence d�j� � se faire sentir. C'est pourquoi en Angleterre les compagnies de charbonnages et �les lords du coton� se montrent si intransigeants envers les ouvriers, et les poussent � la gr�ve. Ils pr�voient une diminution des demandes, et ils ont d�j� trop de marchandises en magasin, trop de charbon entass� autour de leurs mines.
Lorsqu'on analyse de pr�s ces faits de l'activit� des �tats modernes, on comprend jusqu'� quel point toute la vie de nos soci�t�s civilis�es d�pend � non pas des faitsdu d�veloppement �conomique des nations, mais de la fa�on dont divers milieux de privil�gi�s, plus ou moins favoris�s par les �tats, r�agissent sur ces faits.
Ainsi, il est �vident que l'entr�e dans l'ar�ne �conomique d'un aussi puissant producteur qu'est l'Allemagne moderne, avec ses �coles, son �ducation technique r�pandue � pleines mains dans le peuple, son entrain juv�nile et les capacit�s d'organisation de son peuple, devait changer les rapports entre nations. Un nouvel ajustement des forces devait se produire. Mais vu l'organisation sp�cifique des �tats modernes, l'ajustement des forces �conomiques est entrav� par un nouveau facteur : les privil�ges, les monopoles constitu�s et maintenus par l'�tat. Au fond, c'est toujours la haute finance qui fait la loi dans toutes les consid�rations politiques. Le �qu'en dira le baron de Rothschild ?� ou plut�t le �qu'en dira le Syndicat des banquiers de Paris, de Vienne, de Londres ?� est devenu l'�l�ment dominant dans les questions politiques et les rapports entre nations. C'est l'approbation ou la d�sapprobation de la finance qui font et d�font les minist�res (en Angleterre, il y a en plus l'approbation de l'�glise officielle et des cabaretiers � envisager, mais l'�glise et les cabaretiers sont toujours d'accord avec la haute finance, qui se garde bien de toucher � leurs rentes). Et, comme un ministre est apr�s tout un homme qui tient � son poste, � sa puissance, et aux possibilit�s d'enrichissement qu'ils lui offrent � il s'ensuit que les questions de rapports internationaux se r�duisent aujourd'hui en derni�re analyse, � savoir si les mignons monopolistes de tel �tat vont prendre telle attitude ou telle autre, vis-�-vis d'autres mignons de m�me calibre d'un autre �tat.
Ainsi l'�tat des forces mises en jeu est donn� par le degr� de d�veloppement technique des diverses nations, � un certain moment de l'histoire. Mais l'usage qui sera fait de ces forces, d�pend enti�rement de l'�tat d'asservissement � son gouvernement et � la forme �tatiste d'organisation, auquel les populations se sont laiss� r�duire. Les forces qui auraient pu donner l'harmonie, le bien-�tre et une nouvelle efflorescence d'une civilisation libertaire, � une fois mises dans les cadres de l'�tat, c'est-�-dire d'une organisation d�velopp�e sp�cialement pour enrichir les riches et absorber tous les progr�s au profit des classes privil�gi�es, � ces m�me forces deviennent un instrument d'oppression, de mis�re, de privil�ges et de guerres sans fin pour l'enrichissement des privil�gi�s.
Pierre Kropotkine
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